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Dans le cadre des Journées Nationales d’Etudes de l’ANPDE Du 13 au 15 juin 2012 à la Rochelle, les infirmières puéricultrices se penchent sur les conditions de l’attachement père-enfant

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Depuis toujours, la répartition symbolique des rôles de chaque parent envers leur enfant suit le même schéma : l’autorité pour le père, les soins et la sécurité de l’enfant pour la mère. Pourtant, depuis peu, les professionnels de santé constatent des modifications du rôle du père, qui se révèle finalement tout aussi apte que la mère à s’occuper de l’enfant. Des chercheurs ont également prouvé que le rôle du père dans le développement de l’enfant n’était ni comparable ni substituable à celle de la mère.

De quelle nature sont les liens entre le père et son enfant ? Les pères sont-ils capables de prendre soin de leur enfant ? Quels sont les obstacles à la reformulation des rôles ? A l’occasion de leurs journées nationales d’études, les infirmières puéricultrices tenteront de répondre à ces questions autour de Catherine Sellenet, Professeur des Universités en sciences de l’éducation au Centre de Recherche en Education à Nantes et de Fabien Bacro, maître de conférence en psychologie à l’université de Nantes.

Le père n’est pas une « mère bis »

Au fil des recherches qui ont débuté dans les années 70, on s’aperçoit qu’il y a eu une évolution dans la manière d’aborder la place du père en tant que figure d’attachement. D’après Fabien Bacro, auteur d’une thèse sur les relations entre la qualité de l’attachement au père et l’adaptation scolaire des enfants de 3 à 5 ans, « une première approche s’est focalisée sur la mère comme principale figure d’attachement. Ce modèle « hiérarchique » tentait de comparer les effets des relations père-enfant et mère-enfant à partir des mêmes critères. Seulement, le fait de considérer les deux parents comme relativement équivalents a mené certains chercheurs à étudier le père comme s’il était une mère pour finalement constater qu’il n’arrive pas à être une mère aussi bien qu’une mère ». Partant du nouveau principe selon lequel le père n’est pas une mère bis, un second modèle va naître, mettant en évidence les spécificités des pères pour les étudier de manière différente.

Le rôle du père dans le développement de l’autonomie de l’enfant

Si dans l’ensemble les comportements du père et de la mère vis-à-vis de leur enfant se ressemblent pour beaucoup, des différences subsistent dans des situations concrètes. « Les recherches sur les pères montrent qu’ils ont tendance à favoriser les jeux brusques avec leur enfant » observe Fabien Bacro. « Cette mise en danger n’est pas négative, bien au contraire, elle permet à l’enfant de dépasser ses limites favorisant ainsi son autonomie. Alors qu’une mère aura tendance à protéger son enfant et à l’aider s’il rencontre des difficultés, le père considèrera davantage qu’il peut se débrouiller, le préparant ainsi au monde extérieur à la famille. »

La différence se révèle également dans l’acquisition du langage. Si le père pend soin d’utiliser un vocabulaire adapté à l’âge de l’enfant, il le poussera également plus que la mère à comprendre de nouveaux mots. Catherine Sellenet, auteur du livre Les pères vont bien évoque les travaux de Jean Le Camus, professeur à Toulouse qui a étudié le rôle des pères dans l’éducation des enfants. Il a constaté qu’une mère voulant décrire une panthère à son enfant lui dira « regarde le gros chat » alors que le père lui dira : « regarde la panthère » obligeant l’enfant à comprendre ce mot. « Le père est un interlocuteur didactique pour l’enfant qui développera ainsi un vocabulaire actif » souligne Mme Sellenet.

À l’évidence, père et mère n’apportent pas les mêmes ressources à leur enfant, et de fait, représentent tous deux des figures d’attachement importantes. « Alors que la mère permet à son bébé d’acquérir un sentiment de quiétude en veillant sur lui avec beaucoup de constance, le père montre à son enfant comment discerner et apprivoiser les difficultés venant de l’extérieur. » ajoute Fabien Bacro.

Redéfinir les rôles

De chaque parent…

Le rôle du père a changé dans les esprits des professionnels de la petite enfance. Si les PMI (Protection Maternelle et Infantile) s’étaient d’abord centrées sur la mère, le congé paternité a favorisé les contacts avec le père. Ils peuvent maintenant prendre plus de temps pour leur enfant et rencontrer les infirmières puéricultrices des PMI. « Notre société n’autorise pas vraiment la notion de sensibilité du père envers son enfant. Le mot de « papa-poule » garde une teneur péjorative et c’est dommageable. Les pères ont des difficultés à exprimer leur émotion envers leur enfant alors que leur empreinte chez leur enfant est très prégnante, je pense qu’ils n’en ont pas vraiment conscience » souligne Catherine Sellenet.

Les professionnels de la petite enfance ont un rôle à jouer pour redéfinir sensiblement les rôles des parents. Dans le cas de séparation par exemple, la garde par la mère doit s’accompagner d’une valorisation du rôle du père. On console les pères qui désespèrent de ne plus voir leur enfant quotidiennement en tentant de les convaincre que les échanges et les interactions de qualité avec leur enfant primeront sur le temps passé avec eux. Pour les professionnels, l’idée est plutôt de maintenir autant le père que la mère dans la vie de l’enfant.

Implications pour les professionnels de la petite enfance…

Si nous partons du principe selon lequel les pères apportent des éléments indispensables au développement de l’enfant, il convient de leur accorder une place plus importante dans les soins et l’éducation des enfants, par exemple, lorsque c’est nécessaire, en mettant en place des programmes d’intervention visant à favoriser leur implication. « C’est déjà le cas dans les pays anglo-saxons, qui ont compris l’importance de la figure masculine auprès des enfants, un principe qui pourrait être reproduit en France », ose Fabien Bacro.

Enfin, s’il semble difficile de susciter un engouement soudain des hommes pour les professions de la petite enfance, ces travaux ont au moins le mérite d’alerter sur la diversité des besoins affectifs des jeunes enfants. En effet, ces derniers n’ont pas seulement besoin d’être protégés dans les situations de détresse, ils ont aussi besoin d’apprendre à prendre des risques et de conquérir leur autonomie.

 

Pour plus de conseils et dinformations, rendez-vous sur ww.anpde.asso.fr A propos de lANPDE :

Elle est l’unique association professionnelle française, représentant les infirmières puéricultrices et les étudiants de la spécialité infirmière puéricultrice de métropole et des DROM-COM (Départements et régions d’outre-mer – Collectivités d’outre-mer). Ses objectifs sont de promouvoir cette spécialité infirmière, d’en défendre le diplôme, d’engager une réflexion en regroupant les professionnels de terrain et en organisant des journées d’études nationales et régionales permettant l’échange des pratiques.

L’association représente près de 3 000 puériculteurs et puéricultrices recensés à ce jour, issus du secteur hospitalier, des établissements d’accueil pour enfants de moins de 6 ans, de services de protection maternelle et infantile, du secteur libéral, des réseaux de soins et de la formation. L’association est attentive à l’ensemble des réformes entraînant une modification de la prise en charge de l’enfant et de sa famille, autant dans le système de soins traditionnel que dans la santé communautaire, afin de garantir la qualité et la sécurité des soins pour cette population particulière, tout en répondant à l’évolution des besoins et des innovations de la société. www.anpde.asso.fr

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