Filtres
Type d'information
Secteur
Zone géographique
Période
Tri

Proposition de loi sur le droit à l’aide à mourir : un amendement élargit déjà le champ à la souffrance psychologique (Communiqué)

Imprimer la liste
Share

La Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale vient d’adopter un amendement élargissant le champ d’éligibilité de la mort provoquée à la souffrance psychologique même en l’absence de souffrance physique. Cette évolution est lourde de conséquences, car elle ne concerne pas seulement la psychiatrie : elle touche directement de très nombreux patients atteints de maladies somatiques graves, chez qui la souffrance psychique est fréquente, attendue, et souvent intense au moment de l’annonce diagnostique.

Nous rappelons que la souffrance psychologique est une composante majeure de nombreuses pathologies somatiques : annonce d’un cancer d’emblée métastatique, insuffisance d’organe avancée, maladies neurologiques évolutives, douleur chronique, perte d’autonomie. Dans ces situations, l’angoisse, la sidération, la dépression réactionnelle, le désespoir ou la peur de la dégradation peuvent être massifs, qu’ils atteignent ou non un niveau pathologique (dépression caractérisée par exemple dont il faut rappeler qu’il s’agit bien d’un trouble médico-psychologique et pour laquelle le grand âge, la douleur chronique, la maladie somatique sont des facteurs de risque majeurs).

En ouvrant une réponse létale sur ce critère, on risque de donner un caractère d’emblée irréversible à une phase d’adaptation psychologique évoluant le plus souvent favorablement, c’est-à-dire par la volonté de vivre, pourvu qu’elle bénéficie d’un accompagnement adapté (psycho-oncologie, prise en charge de la douleur, soins palliatifs précoces, soutien familial, traitements psychothérapiques et/ou médicamenteux). D’une idée de mort passive (« Mieux vaudrait qu’on en finisse…  Je préfère mourir que subir cette souffrance… Si je ne me réveille pas demain tant mieux… ») le dispositif envisagé conduirait le patient à un projet de mort active, quitte à l’organiser pour lui. Cela fragilise la promesse d’un « cadre strict », puisque l’élargissement intervient avant même d’avoir consolidé des critères robustes ou établi de prétendus garde-fous présentés comme protecteurs.

L’avis 139 du CCNE avait fait état d’une réserve de certains de ses membres qui rejoint aujourd’hui le débat parlementaire : « Comment concilier une évolution législative de l’aide active à mourir avec la nécessaire prévention au suicide et les politiques d’accompagnement de la vieillesse ? »[1].

De fait cette orientation place les parlementaires face à une tension difficile à tenir : affirmer la priorité de la prévention du suicide et, dans le même temps, rendre possible une mort provoquée sur le fondement d’une souffrance psychique qui accompagne très souvent la maladie somatique grave. Nous appelons donc à une clarification et à un débat de fond, fondé sur la réalité clinique, la protection des plus vulnérables, et le renforcement des soins plutôt que l’élargissement précipité d’une mesure irréversible.

Note :

[1] www.ccne-ethique.fr

La Société Médico-Psychologique est la plus ancienne des sociétés françaises de psychiatrie. Fondée en 1852 par Jules Baillarger, elle fonctionne sans interruption depuis. Elle est membre de la Fédération française de Psychiatrie (FFP) et de l’Association Mondiale de Psychiatrie (WPA). Depuis sa fondation, elle a réuni les plus grands noms de la psychiatrie française à travers les représentants des divers modes de soin français : hôpitaux généraux, psychiatriques, militaires, psychiatres universitaires et libéraux. La plupart des chefs d’École et responsables d’enseignement ont appartenu à ses rangs.

Ajouter un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Share