« Nous sommes médecins issus de diverses spécialités, infirmiers, psychologues, professionnels exerçant au domicile ou dans un établissement sanitaire ou médicosocial. Nous exerçons dans des contextes différents, mais nous partageons une même responsabilité auprès des personnes en fin de vie et de leurs proches.
C’est au nom de cette expérience concrète du soin que nous souhaitons vous interpeller aujourd’hui sur la proposition de loi n°2453 relative au droit à l’aide à mourir.
Notre position est simple, claire et profondément ancrée dans la réalité du terrain : donner la mort ne peut pas être un soin.
Le soin consiste à accompagner une personne, à soulager ses douleurs, à préserver sa dignité, à soutenir sa vie jusqu’à son terme naturel. Il repose sur une relation de confiance, sur l’écoute, sur le refus de l’abandon. Introduire un geste destiné à provoquer délibérément la mort dans le champ médical bouleverse cette définition et modifie en profondeur le sens même de la mission soignante.
Dans nos pratiques quotidiennes, nous entendons des demandes de mort. Elles existent, et nous ne les minimisons pas. Mais nous savons aussi ce qu’elles recouvrent le plus souvent : une souffrance mal soulagée, une angoisse face à la dépendance, un sentiment d’inutilité ou de solitude, parfois une colère face à des prises en charge insuffisantes. Ces demandes appellent une réponse humaine, clinique et relationnelle, pas un geste létal.
L’expérience montre qu’un accompagnement attentif, compétent et réellement accessible permet très fréquemment de faire évoluer ces demandes. Répondre par la mort, c’est renoncer à cette responsabilité fondamentale du soin : chercher, jusqu’au bout, des chemins de soulagement, de présence et de solidarité.
La proposition de loi n°2453 soulève également de fortes inquiétudes quant à la protection des personnes les plus vulnérables. L’évaluation du consentement en fin de vie est complexe, fragile, évolutive. Les garanties prévues apparaissent insuffisantes face au caractère irréversible de l’acte. Le risque d’une banalisation progressive du geste létal est réel, avec des conséquences lourdes pour les personnes âgées, dépendantes, isolées ou atteintes de troubles cognitifs ou psychiques.
Dans un contexte où notre système de santé traverse une crise profonde, marquée par le manque de moyens humains et par des inégalités persistantes d’accès aux soins, nous pensons qu’il serait gravement erroné de faire de la mort administrée une réponse aux insuffisances de l’accompagnement de la fin de vie.
Le choix qui vous est proposé n’est pas seulement juridique ou technique. Il engage une conception du soin, de la solidarité et de la place accordée aux plus fragiles dans notre société.
C’est pourquoi nous vous appelons à rejeter la proposition de loi n°2453. Refuser cette loi, ce n’est pas nier la souffrance ; c’est refuser d’y répondre par l’abandon du soin. C’est affirmer que la médecine et les professions soignantes ont pour vocation d’accompagner la vie, non de provoquer la mort.
Nous vous remercions de l’attention que vous porterez à cet appel et restons disponibles pour contribuer à une réflexion exigeante, respectueuse des personnes et fidèle au sens du soin. »
Signataires :
● Société médico-psychologique
● SFGG
● FNEHAD
● SFAP
● FFAMCO-EHPAD
● Claromed
● SNGC
● SMCG-CSMF
● Syndicat infirmier SNPI
● Convergence infirmière
● AFSOS
● France Traumatisme Crânien
● FFIDEC
● MCOOR
● ANFIPA
● SOFMER
● M3P
● CNEG
● ANGGEL