À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes ce 8 mars, l’Institut national du cancer publie les résultats d’une étude sur l’évaluation de l’impact du dépistage des cancers du sein. Mis en place en 2004, ce dépistage concerne les femmes de 50 à 74 ans asymptomatiques et sans facteurs de risque autre que l’âge. Il repose sur une mammographie et un examen clinique des seins.
Réalisé tous les deux ans, ce dépistage vise à détecter un éventuel cancer à un stade précoce. Dans ce cas, les traitements seront généralement moins lourds avec moins de séquelles. Un dépistage dit individuel peut aussi être réalisé sur prescription médicale. Les résultats des travaux menés dans le cadre de la stratégie décennale de lutte contre les cancers montrent que le dépistage en France (dépistage organisé et individuel) a permis d’éviter 23 000 décès entre 2004 et 2018. À l’horizon 2054, ce sont 95 000 décès qui pourraient être évités.
Une réduction de 26 % des cancers de mauvais pronostic
Les résultats de l’étude menée par l’Institut national du cancer montrent, parmi les femmes ayant réalisé le dépistage, une réduction de moins 26 % du nombre de cancers détectés à un stade métastatique et de moins 4,7 % des cancers invasifs.
Ces résultats indiquent aussi que plus le dépistage est débuté tôt (dès l’âge recommandé de 50 ans), plus la réduction du risque est importante.
Une femme réalisant l’examen dans l’intervalle recommandé de 50 à 74 ans peut espérer voir son risque de mourir de la maladie diminuer d’environ 40 % au cours de sa vie. Cette réduction n’est que de 20 % si le dépistage débute à 70 ans.
L’augmentation du taux de participation au dépistage permettrait de réduire encore ce risque. Ainsi, pour chaque palier de 10 % supplémentaire de participation, 2 % de réduction de la mortalité serait observée. En 2023-2024, la participation au dépistage organisé n’était que de 46,3 %. S’y ajoutent les femmes qui réalisent le dépistage individuel estimé, en 2022, entre 10 % et 18 %.
Une stratégie de dépistage qui permet de sauver des vies
Les résultats de cette modélisation montrent que la stratégie de dépistage des cancers du sein, mise en place dès 2004, apporte un bénéfice en termes de santé publique. Ils confirment l’atteinte des objectifs de ce dépistage : une diminution de la morbidité liée à ce cancer et un diagnostic précoce de la maladie pour de meilleures chances de guérison.
Le programme de dépistage se caractérise également par une bonne performance de détection des cancers (en comparaison avec les chiffres observés en Europe). Depuis 2012, ce taux est en constante augmentation. Il est passé de 7,2 ‰ en 2012 à 8,1 ‰ en 2020.
Si la balance bénéfice/risque est positive, le dépistage comporte des risques modérés au regard des bénéfices qu’il apporte. Toutefois, ils doivent être considérés. Les résultats montrent que le dépistage est associé à un taux de surdiagnostic1 estimé à +8,2 % des cancers survenant annuellement, ce qui rejoint les chiffres rapportés dans les études prenant en compte l’avance au diagnostic et les évolutions de l’incidence.
Par ailleurs, et bien que nous ne disposions pas de données épidémiologiques sur la survenue de cancers radio-induits en lien avec le dépistage par mammographie, une estimation des cancers radio-induits par la mammographie a été produite en retenant une hypothèse maximaliste de dose d’exposition aux rayons X de 4,8 mGy2 (2 incidences par sein par mammographie).
Pour les femmes qui réaliseraient un dépistage tous les 2 ans entre 50 et 74 ans, l’incidence cumulée de cancers radio-induits est estimée de l’ordre de 22 pour 100 000 femmes dépistées. Cela correspond à 4 décès supplémentaires pour 100 000 femmes dépistées. Ces chiffres sont à mettre en regard du nombre de décès évités et du fardeau de ce cancer.
Les résultats de cette étude confirment la pertinence du programme de dépistage organisé.
La feuille de route 2026-2030 de la stratégie décennale de lutte contre les cancers, annoncée le 4 février dernier par le président de la République, identifie parmi 5 priorités, la nécessité de proposer un dépistage pour chacun.
L’Institut continuera, avec l’ensemble des parties prenantes, à faire évoluer ce programme pour favoriser la participation et notamment celle des publics les plus éloignés du système de santé. Il travaillera également à l’intégration des innovations technologiques et organisationnelles pour améliorer le service rendu à la population.
CANCERS DU SEIN – CHIFFRES CLÉS
- cancer le plus fréquent chez la femme : 61 214 cas en 2023 ;
- cancer féminin le plus meurtrier : 12 757 décès en 2022 ;
- un cancer de pronostic favorable avec un taux de survie à 5 ans de 89 % ;
- dans 80 % des cas, ce cancer se développe après 50 ans ;
- âge médian au diagnostic : 63 ans ;
- détecté à un stade précoce, 99 femmes sur 100 en vie 5 ans après le diagnostic, contre 26 femmes sur 100 lorsque le cancer est diagnostiqué à un stade avancé.
CONSULTER :
LE POINT SUR
Santé des femmes : le dépistage des cancers du sein : quels bénéfices ?
ÉTAT DES LIEUX ET DES CONNAISSANCES
Évaluation de l’impact du dépistage des cancers du sein/Rapport de synthèse
Notes :
1 – Le surdiagnostic correspond à des tumeurs qui n’auraient pas ou peu évoluées ni menacées la vie de la patiente. Dans l’état actuel des connaissances, il n’est pas possible de distinguer celles qui évolueront – et qui sont majoritaires – de celles qui évolueront peu ou pas. Par précaution, il est proposé de traiter l’ensemble des cancers détectés.
2 – Le Gray (Gy) est une unité de mesure de la dose absorbée lors d’une irradiation par les rayonnements ionisants. Cette dose correspond à la dose maximale d’exposition pour une femme qui réalise 13 mammographies tous les 2 ans entre 50 et 74 ans. Son exposition aux rayonnements ionisants représentera alors au total le quart de celle représentée par un seul scanner abdomino-pelvien, acte très courant. Les mammographies représentent par an en France moins de 2 % de l’exposition totale de la population aux rayonnements ionisants.
CONTACTS PRESSE
Institut national du cancer – 06 20 72 11 25 – presseinca@institutcancer.fr