Le BEH n°16 est paru le 7 juillet 2026. Ce numéro comprend 3 articles.
Résumé du contenu :
- Accidents de la vie courante motivant un recours aux soins hospitaliers chez les enfants âgés de 1 à 10 ans : étude des facteurs associés au sein de la cohorte Elfe. Héctor Raúl Címbaro Canella et coll. Unité mixte Elfe, Institut national d’études démographiques (Ined), Aubervilliers ; Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), Paris
Introduction – L’objectif est de décrire les accidents de la vie courante (AcVC) avec un recours aux soins hospitaliers (urgences seules ou avec hospitalisation) chez les enfants de 1 à 10 ans de la cohorte Elfe et d’en analyser les facteurs de risque ou protecteurs associés.
Méthodes – Les données ont été collectées auprès de parents de 9 662 à 12 243 enfants selon les âges de 2, 3, 5 et 10 ans. Les incidences annuelles moyennes pondérées sont estimées en redressant l’échantillon pour correspondre à la population des enfants nés en 2011 en France. L’analyse des facteurs associés à la gravité s’appuie sur un modèle de régression logistique multinomiale multivarié.
Résultats – Les incidences annuelles moyennes des AcVC avec un recours aux soins hospitaliers décroissent avec l’âge de l’enfant (14,1% chez les 1-2 ans versus 9,2% chez les 5-10 ans). Les chutes, avec traumatisme crânien en particulier, sont les types d’accidents les plus fréquents. Parmi les facteurs associés à l’hospitalisation pour un AcVC, on retrouve pour les enfants âgés de 2 ans : le sexe masculin (odds ratio ajusté de 1,79 ; intervalle de confiance à 95% (IC95%): [1,19-2,70]) ; pour ceux de 3 ans : le trouble de santé mentale d’un parent (1,64 [1,00-2,68]) et le sexe masculin (1,58 [1,12-2,23]) ; pour ceux de 5 ans : le trouble d’attention/hyperactivité (1,59 [1,00-2,51]) ; et pour ceux de 10 ans le fait d’habiter dans une grande commune autre que Paris (1,55 [1,03‑2,34]), d’avoir un indice de défavorisation sociale communale élevé (1,60 [1,09-2,37]), d’avoir des parents souffrant d’une maladie chronique (1,46 [1,16-1,85]), d’un trouble de santé mentale (1,34 [1,00-1,81]), ou imposant une discipline inconstante (5,37 [1,40-20,64]), de pratiquer des sports encadrés (1,65 [1,16-2,33]) et d’être de sexe masculin (1,42 [1,12-1,80]).
Conclusion – Si les facteurs liés à l’enfant sont souvent bien décrits, l’étude montre que la santé mentale des parents, leur mode éducatif et les caractéristiques de la commune sont également associés au recours hospitalier pour les AcVC.
- Analyse des événements indésirables graves chez les patients hospitalisés en psychiatrie : étude descriptive rétrospective. Elena Rentea et coll. Centre hospitalier Le Mas Careiron, Uzès
Introduction – Les personnes atteintes de troubles psychiatriques présentent une mortalité plus élevée que la population générale, notamment en lien avec les facteurs de risque cardiovasculaire, les psychotropes et un accès limité aux soins. Ce constat suggère une plus grande incidentalité en hospitalisation psychiatrique. L’objectif principal de cette étude est de décrire la survenue des événements indésirables graves (EIG) au cours d’une hospitalisation en psychiatrie, définis ici par les décès inattendus survenant durant l’hospitalisation et les transferts non programmés vers les services d’urgences générales.
Méthode – Une étude descriptive rétrospective monocentrique a été réalisée sur une période de 24 mois, pour analyser les EIG parmi les adultes hospitalisés en établissement psychiatrique. Les caractéristiques démographiques, les comorbidités, les motifs de recours aux urgences et les diagnostics, l’iatrogénie, la mortalité à un et six mois de la survenue de l’EIG ont été répertoriés.
Résultats – Au total, 144 EIG (6,4%) ont été recensés, dont 137 transferts urgents et 7 décès. Les urgences vitales représentaient 51% des EIG, principalement par détresse respiratoire. L’iatrogénie était suspectée dans 41% des EIG et une cause infectieuse dans 38% des cas. Au cours des 48 premières heures d’hospitalisation, 20% des EIG ont été observés. La mortalité à un mois après la survenue de l’EIG était de 10% (15 cas sur 144).
Conclusion – L’analyse des EIG en cours d’hospitalisation en psychiatrie permet de cibler les axes d’amélioration, notamment une surveillance accrue dans les 48 premières heures et une meilleure prévention de l’iatrogénie.
- Santé perçue dégradée et inégalités d’accès aux soins en Guadeloupe : les personnes vulnérables plus souvent concernées. Christelle Celeste et coll. Observatoire régional de la santé de Guadeloupe (Orsag), Baie-Mahault, Guadeloupe
Introduction – La Guadeloupe est confrontée à une situation sanitaire particulière, marquée par une faible densité médicale et un accès aux soins inégalement réparti sur l’ensemble du territoire. Par ailleurs, la population guadeloupéenne est vieillissante et le nombre de personnes atteintes de maladies chroniques ne cesse d’augmenter. Réduire les inégalités d’accès aux soins est un enjeu majeur des politiques publiques, notamment dans les territoires ultramarins. C’est dans ce contexte que le Conseil régional de Guadeloupe a sollicité l’Observatoire régional de la santé de Guadeloupe (Orsag) pour réaliser une étude visant à identifier les besoins de la population en matière d’accès aux soins, ainsi que les leviers permettant d’en améliorer les conditions.
Méthode – Entre novembre et décembre 2023, une enquête téléphonique a été réalisée sur un échantillon par quotas de la population guadeloupéenne. Toute personne majeure et résidente en Guadeloupe de manière permanente était éligible.
Résultats – Un total de 400 Guadeloupéens a été interrogé. Un peu plus de la moitié des répondants (56%) déclarent se sentir en bonne, voire en très bonne santé. Cette proportion est plus faible chez les personnes percevant un revenu mensuel inférieur à 1 000 euros (36%). Dans les 12 mois précédant l’enquête, 85% ont consulté un médecin généraliste, 43% ont consulté un médecin spécialiste et 39% ont consulté un autre professionnel de santé. Par ailleurs, 41% de personnes ont renoncé à un soin en raison d’un délai de rendez-vous jugé trop long. La majorité des Guadeloupéens (60 à 70%) utilisent leur moyen de déplacement personnel pour se rendre à un rendez-vous médical, 12% utilisent les transports urbains collectifs.
Conclusion – Les résultats de l’enquête montrent que la perception de l’état de santé des Guadeloupéens s’est dégradée par rapport aux précédentes études. Ils soulignent les difficultés rencontrées par la population pour accéder aux soins. Ces contraintes entraînent des retards de diagnostic, des risques pour la santé et un mal-être. Des politiques publiques adaptées sont nécessaires pour renforcer l’offre et l’accès aux soins, et pour développer des actions ciblées vers les populations les plus vulnérables.
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