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« Les chercheurs qui étudient l’hypoglycémie ont découvert que l’excès de bonne chose est dangereux » (Communiqué)

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Pour les diabétiques, la prise de médicaments et le suivi de leur glycémie font partie du rythme de leur vie quotidienne. Toutefois, selon une nouvelle étude de la Mayo Clinic, aux États-Unis, plus de 2,3 millions de patients adultes sont probablement traitées de façon trop intensive. Cela a entrainé des milliers de visites aux services d’urgence qui auraient pu être évitées et des hospitalisations pour hypoglycémie (insuffisance de glucose dans le sang).

L’équipe d’étude, dirigée par Rozalina McCoy, MD, une endocrinologue et médecin traitant de la Mayo Clinic, a essayé de comprendre les véritables conséquences du traitement destiné à l’insuffisance de glucose (hypoglicémie) dans le sang à travers les États-Unis. L’équipe a démontré qu’un traitement hypoglycémiant excessif — sur des patients qui avaient reçu une quantité de médicaments supérieure à la nécessité par rapport au taux de leur hémoglobine A1C — était non seulement chose commune à travers les États-Unis, mais avait aussi directement contribué à 4 774 hospitalisations et à 4 804 visites aux services d’urgence en deux ans. Leurs résultats ont été publiés en ligne le 15 août dans le journal Mayo Clinic Proceedings.

« Il est important de noter que ces chiffres représentent une sous-estimation importante de l’ampleur réelle des épisodes d’hypoglycémie induits par le surtraitement », a déclaré le Dr McCoy.

Les personnes atteintes de diabète peuvent présenter une hypoglycémie pour de nombreuses raisons. Selon la Dr McCoy, les personnes les plus exposées sont celles qui souffrent de plusieurs maladies chroniques, les plus âgées, celles qui sont atteintes de diabète de type 1 ou qui suivent des traitements à base d’insuline ou de sulfonylurées.

« Alors que certains épisodes d’hypoglycémie sont inévitables, surtout s’ils sont causés par des facteurs de risque indépendant de notre volonté tels que le besoin d’un traitement d’insuline, d’autres pourraient être évités, comme ceux provoqués par un surtraitement », a-t-elle déclaré.

« Au cours d’une étude antérieure, nous avions séparé l’effet du surtraitement des autres facteurs de risque élevé, et il avait été démontré que ceux-ci étaient des facteurs indépendants significatifs dans les épisodes hypoglycémiques », explique la Dr McCoy. « Lors de cette étude, nous avons voulu en savoir davantage à l’échelle nationale sur ces épisodes liés au surtraitement. »

« N’ayant aucune donnée disponible pour l’ensemble des États-Unis sur le nombre d’épisodes hypoglycémiques qui pourraient être évités si les patients étaient traités de manière moins intensive, nous avons dû calculer séparément le nombre d’Américains surtraités », poursuit le Dr McCoy. « Nous avons donc utilisé les données de l’étude précédente, les associant à ces nouvelles données, pour estimer le nombre de visites aux urgence et hospitalisations liées à l’hypoglycémie à cause d’un traitement excessif. »

Une augmentation persistante des taux de glucose sanguin accentue les risques de complications du diabète, comme les maladies cardiovasculaires, la rétinopathie (maladie des yeux), la néphropathie (maladie des reins) et la neuropathie. Les médicaments destinés à baisser le glucose réduisent énormément ces risques mais le programme de soins devrait être individuel et basé sur des données, explique la Dr McCoy.

« Il est important non seulement de veiller à ne pas sous-traiter nos patients atteints de diabète, mais de ne pas les sur-traiter non plus, car les traitements insuffisants comme les traitements excessifs peuvent nuire à nos patients », a-t-elle déclaré.

Patients et Méthodes de recherche

La Dr McCoy et son équipe ont utilisé des données de L’enquête nationale sur la santé et la nutrition (2011–2014) et la fonte de données du laboratoire OptumLabs pour conduire cette étude. Ils ont d’abord estimé la fréquence du traitement hypoglycémiant intensif chez les adultes américains grâce à la dernière enquête nationale sur la santé et la nutrition. Les chercheurs ont ensuite déterminé le nombre approximatif des visites aux services d’urgence et des hospitalisations attribuées à de tels traitements intensifs en utilisant la fonte de données du laboratoire OptumLabs d’une étude précédente.

Les données de l’enquête nationale sur la santé et la nutrition ont identifié plus de 10,7 millions d’adultes, femmes enceintes exclues, atteints de diabète et dont l’hémoglobine A1C se situait dans la plage recommandée par les directives cliniques (inférieur à 7%). Les chercheurs ont constaté que près de 22% de ces personnes recevaient un traitement intensif. Les personnes considérées avaient un traitement intensif si elles prenaient un médicament pour atteindre un taux d’hémoglobine HbA1C de 5,6 % ou inférieur, ou bien quand elles prenaient deux ou plus de médicaments pour atteindre un taux d’hémoglobine HbA1C de 5,7-6,4 %.

« L’hypoglycémie, ou un taux de glucose trop bas dans le sang, est l’un des effets indésirables graves les plus courants du traitement du diabète. Il entraîne des effets néfastes immédiats et à long terme sur les patients qui en souffrent », déclare la Dr McCoy. « Une hypoglycémie grave, définie par la nécessité du patient d’avoir une personne pour l’aider à se soigner en cas d’épisodes d’hypoglycémie, est associée à un risque accru de décès, de maladies cardiovasculaires, de troubles cognitifs, de chutes et fractures et d’une mauvaise qualité de vie. »

Afin d’avoir une vision plus approfondie, l’enquête a également sous-classé les patients comme complexes sur le plan clinique si le patient :

  • Était âgé de 75 ans ou plus
  • Avait au moins deux ou plus limitations des activités quotidiennes, telles que l’impossibilité de se vêtir, de se nourrir, de se promener d’une pièce à l’autre, d’aller au lit ou de se lever du lit
  • Avait une maladie des reins au stade final
  • Avait trois ou plus maladies chroniques

Sur 10,7 millions de patients, l’état de 32,3 % était sur le plan clinique complexe. Bien que cela ne semblait pas un facteur déterminant, le fait de savoir si la personne était traitée de manière intensive, aurait donné une information majeure remarque la Dr McCoy.

« Les personnes âgées et les personnes que nous considérons complexes sur le plan clinique ont plus de risques de développer une hypoglycémie, aussi bien que d’être victime d’épisodes indésirables dus à un traitement intensif ou excessif. Mais en même temps, il est peu probable que ces patients bénéficient d’un traitement intensif plutôt que d’un contrôle glycémique mesuré, » affirme Dr McCoy. « Lorsque nous élaborons un programme de soins du diabète, notre objectif devrait être de donner le maximum des avantages tout en réduisant les inconvénients et le fardeau du traitement. »

Dr McCoy affirme que les chercheurs ont trouvé les résultats de l’étude alarmants, avec au moins de 2,3 millions d’américains sur-traités entre 2011 et 2014. D’ailleurs, les patients avec un cas clinique compliqué ont été traités de façon intensive comme les patients sans complication particulière.

Étapes suivantes

Historiquement, les associations professionnelles et les organes de réglementation concentraient leur attention principalement sur la réduction du sous-traitement et sur le contrôle de l’hyperglycémie (taux élevé de sucre dans le sang). Dr McCoy espère voir également un changement pour répondre et prévenir le surtraitement et l’hypoglycémie.

« Nous devons aligner les programmes de traitement et les objectifs à partir de la situation clinique, l’état de santé, la situation psychosociale et la réalité quotidienne de chaque patient pour nous assurer que les soins correspondent à leurs objectifs, préférences et valeurs » affirme-t-elle.

Si le système de soins de santé cesse de concentrer son attention sur la maladie — le diabète, en particulier sur le glucose, — pour se focaliser davantage sur la personne, comme pense la Dr McCoy, tout sera moins nocif pour le patient et conduira à de meilleurs résultats, avec une réduction du fardeau du traitement.

Pour les patients atteints de diabète, dit-elle « cela comporte la désintensification et la simplification du traitement comme moyen pour réduire l’hypoglycémie, la polypharmacie et le fardeau du traitement. »

Les personnes suivantes ont participé elles aussi au projet : Grace Mahoney, Harvard T.H. Chan School of Public Health in Boston and Henry Henk, Ph.D., OptumLabs in Cambridge, Massachusetts.

La Dr. McCoy est chercheuse en prestation de soins et services de santé du Kern auprès du Centre Robert D. et Patricia E. Kern de la Mayo Clinic pour la Science en prestation de soins et services de santé, qui a soutenu cette étude. Elle a été également soutenue par l’Institut national du diabète et des maladies du système digestif et des reins des Institutions nationales de la santé sous le numéro d’attribution K23DK114497.

OptumLabs a également soutenu ce projet. Le Centre Kern de la Mayo Clinic pour la Science en prestation de soins et services de santé collabore avec le laboratoire OptumLabs pour la Mayo Clinic. La fonte de données du laboratoire OptumLabs est une ressource longitudinale de données réelles provenant de dossiers de santé électroniques et de réclamations administratives rendues anonymes.

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À propos du journal Mayo Clinic Proceedings
Mayo Clinic Proceedings est une publication scientifique mensuelle arbitrée par les pairs qui publie des articles et des analyses originaux sur la médecine clinique et de laboratoire, la recherche clinique, la recherche scientifique fondamentale et l’épidémiologie clinique. La publication Proceedings est parrainée par la Fondation Mayo pour la formation et la recherche médicales dans le cadre de son engagement en faveur de la formation des médecins. Elle publie des contributions d’auteurs du monde entier. La publication est éditée depuis plus de 80 ans et a un tirage de 130 000 exemplaires. Rendez-vous réseau du journal Mayo Clinic Proceedings pour consulter les articles.

À propos de la Mayo Clinic
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Contact média : Sharon Theimer, Affaires publiques de la Mayo Clinic, 507-284-5005,newsbureau@mayo.edu

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