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Lubrizol : « des questions qui ne peuvent pas rester sans réponse » (Communiqué)

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Il aura fallu attendre 5 jours pour avoir la première communication publique sur la nature des produits présents sur le site de LUBRIZOL. Délai très surprenant, car s’agissant d’un site SEVESO, celle-ci est en possession des autorités et c’est cette connaissance qui guide le plan de gestion du risque. Le principal problème dans un incendie de ce type est de savoir s’il y a présence de produits chlorés (ou bromés) en raison de la formation de dioxines chlorées (ou bromées), qui sont les perturbateurs endocriniens les plus puissants et les plus persistants dans l’organisme et dans l’environnement. Le PPRT de l’entreprise, document officiel publié en 2014, fait mention d’un conteneur d’1 tonne d’acide chlorhydrique et de la possibilité de 5 autres conteneurs. Parmi les additifs de lubrifiants classiques figurent les paraffines chlorées.

Il est donc légitime de poser la question : quelle est la nature et le tonnage des produits chlorés présents sur le site ?

Il a fallu les interventions publiques du RES pour que soient communiqués quelques résultats d’analyse de dioxine qui se veulent rassurants, mais comment peut-on prétendre sérieusement connaître le risque dioxine pour décrire la situation sur une zone de plusieurs centaines de km2 sur la base de 6 prélèvements ? Pas plus qu’on ne connaît le risque lié aux HAP, produits en quantité beaucoup plus importante avec 20 prélèvements[1]. Le paradoxe est qu’on demande aux producteurs laitiers de ne pas commercialiser leur lait et de ne pas utiliser leur fourrage contaminé, mais on n’analyse pas ces produits alors qu’ils fournissent une bonne indication sur la contamination de l’environnement. De plus aucune communication n’est faite sur l’analyse des prélèvements faits à l’intérieur de l’entreprise, ce qui permet connaître la concentration par principe maximale. C’est un enjeu pour les personnes les plus exposées en priorité les pompiers, mais aussi les riverains les plus proches.

L’exemple de SEVESO

A titre de comparaison, dans les 15 jours qui ont suivi l’accident de Seveso, en juillet 1976, des prélèvements de sang ont été effectués auprès de milliers de résidents [2] Des analyses de sols ont permis de définir 3 zones réparties sur 18 km2 et d’estimer la quantité de dioxine produite entre 15 et 30 kg. Un suivi de la santé de la population se fait depuis plus de 40 ans.

La leçon de ce suivi est qu’une exposition de courte durée consécutive de l’accident induit des effets sanitaires sur le long terme pour :

les enfants : chloracné, atteinte de la fonction hépatique, du système immunitaire et dentaire ;

les adultes : baisse de la qualité du sperme, infertilité féminine, endométriose, avancement de l’âge de la ménopause ; augmentation de l’incidence et de la mortalité par cancer plus particulièrement lymphomes et cancers du sein ;: augmentation de l’incidence des maladies cardiovasculaires , de la mortalité par hypertension et par diabète chez les femmes, structure des os chez les femmes, hypothyroïdie, atteinte des fonctions immunitaire et neurologique ;

pour la 2nde génération exposée in utero : modification du sexe ratio, augmentation de l’hormone thyroïdienne TSH, baisse de la qualité du sperme.

Comment se situe Rouen par rapport à Seveso ?

La stratégie pour pouvoir répondre à cette question est décrite dans le Guide publié par l’INERIS en décembre 2015 en application de la circulaire interministérielle du 20 février 2012 (Ministères en charge de l’Environnement, de la Santé, de l’Agriculture et de la Sécurité Civile)[3] et les Guides de gestion de l’impact environnemental et sanitaire en situation post-accidentelle du Ministère de l’Ecologie. Les résultats des prélèvements de lait, d’eaux, de végétaux, de sols doivent être rendu publics pour que chacun puisse juger de la situation. Une estimation de la quantité de polluants émis doit être faite ainsi qu’une évaluation fine de leur répartition géographique. Il est nécessaire d’effectuer des prélèvements biologiques pour évaluer le degré de contamination de la population. Ceci permettra de situer le risque sanitaire potentiel à Rouen en comparaison de celui observé à Seveso.

Extraits :

« Il est indispensable de recueillir au plus vite et de façon fiable les données relatives aux conséquences de l’événement sur l’environnement et sur la population. Pour la gestion à long terme des effets d’un accident, la réalisation de prélèvements dans les milieux environnementaux le plus rapidement possible, c’est-à-dire dès les premiers temps de l’événement, est riche d’informations….Des échantillons seront prélevés dans les différents milieux (eaux, air, sol, végétaux) en fonction de la nature des rejets, des délais d’intervention et des enjeux locaux : population, usages (jardins, activités agricoles, zones de loisirs)….

La caractérisation de l’extension géographique du marquage de l’environnement est une question essentielle lorsqu’un accident se produit ».

[1] Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques. Substances formées lors de la combustion de matières organiques, dont un certain nombre sont des cancérogènes et des Perturbateurs Endocriniens. L’Union Européenne a fixé des normes alimentaires pour 4 HAP (Benzo(a)pyrène, chrysène, benz(a)anthracène, benzo(b)fluoranthène.)

[2] Eskenazi B, Warner M, Brambilla P, Signorini S, Ames J, Mocarelli P. The Seveso accident: A look at 40 years of health research and beyond.Environ Int. 2018 Dec;121(Pt 1):71-84.

[3] https://www.ineris.fr/fr/guide-strategie-prelevements-analyses-realiser-suite-accident-technologique-cas-incendie ; https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/12006_Guide-post-accident_Methode-generale_DEF_26-04-12_light_0.pdf; https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/12006_Guide-post-accident_IC_DEF_27-04-12_light.pdf

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