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« Faut-il laisser l’hôpital public mourir dans l’indifférence ? Il est urgent d’agir avant qu’il ne soit trop tard » (Communiqué)

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La concertation lancée à l’occasion de « Ma Santé 2022 » a fait naitre beaucoup d’espoir auprès des hospitaliers. Sur la base d’un constat partagé, le Président de la République a désigné le 18septembre 2018 une cible ambitieuse saluée par la Conférence.

Des sujets majeurs ont en revanche été éludés. La révision indispensable de certains périmètres deGroupements hospitaliers de territoire n’est pas abordée. La réorganisation impérative des organismes d’Etat est totalement absente. L’impulsion attendue pour répondre à l’urgence, tant en termes de choc d’attractivité médicale pour les carrières hospitalières que d’investissements pour la transformation, n’a pas été donnée.

Mais surtout, qu’est-il prévu à court terme en réponse au malaise hospitalier actuel ? Visiblementrien…

Dans une enquête flash menée du 26 septembre au 8 octobre 2018, 192 réponses de Présidents deCommission Médicale d’Etablissement (PCME) de Centre Hospitalier (CH) confirment la situationtrès inquiétante de leur hôpital. Parmi cet échantillon représentatif de toutes les taillesd’établissements et de l’ensemble des régions, 78,5% estiment que leur CH sera en déficit en 2018. Moins de 5% s’attendent à un résultat excédentaire. 43% annoncent un déficit supérieur à 3%. Si lesrésultats définitifs seront probablement minorés en fin d’année par des mesures techniques qui touchent à leur limite (reprise sur provision, dégel éventuel des dotations, …), cela traduit ladésespérance régnant dans la majorité des établissements. La recherche constante de mesuresd’économies devient, par leur accumulation, insoutenable. Elle est très souvent déconnectée de laréalité et des besoins de santé de territoires déjà insuffisamment couverts. Au quotidien,l’orthodoxie budgétaire supplée les enjeux de qualité des soins et de réponse aux besoins des usagers.

Le moral des praticiens est profondément altéré avec une médiane de 4 sur une échelle de 1 à 10.79,6% l’estiment ≤ à 5. Les difficultés liées à l’attractivité médicale sont sans surprise une réalitédramatique et touchent 87% des établissements. Elles sont dorénavant majorées par des problèmes de fidélisation se traduisant par une accentuation des départs dans 72,7% des établissements. Cettesituation régulièrement décriée s’aggrave. Elle risque de conduire à une rupture irréversible del’offre de soins si rien n’est fait.

Les résultats de cette courte enquête ne sont toutefois pas surprenants. L’hôpital est soumis depuis de nombreuses années à des plans d’économies successifs alors qu’il est, dans le même temps,obligé d’en faire toujours plus face à des besoins de santé de moins en moins couverts. Il ne sera plus possible en 2019 de demander un plan d’économies supplémentaires à l’hôpital public. 76 % des PCME estiment qu’ils n’ont plus de marge de manœuvre au sein de leur établissement pour retrouver l’équilibre budgétaire.

L’heure est d’une grande gravité :

  •  Des déficits hospitaliers qui se généralisent et qui se creusent.
  •  Des déserts hospitaliers qui apparaissent et s’étendent avec l’arrêt d’activités hospitalières de proximité par manque de médecins.
  •  Des suppressions de lits imposées de manière dogmatique alors que les hôpitaux surchargés ne sont déjà plus en état d’accueillir dignement leurs patients.
  •  Une attractivité médicale hospitalière en jachère aggravée par des difficultés de fidélisation.
  •  La difficulté croissante voire l’impossibilité d’élaborer de nouveaux projets, d’innover et de promouvoir la recherche.
  •  L’augmentation des signalements de risques psycho-sociaux au sein des hôpitaux, la violence de certains mouvements sociaux, la démission de responsables médicaux sont autant de signaux d’alertes qui devraient pourtant pousser à agir sans attendre.

La résignation des personnels se transforme progressivement en colère, tant ils sont attachés à leursvaleurs qui se trouvent bafouées par la désintégration de l’hôpital public vécue au quotidien.

Un plan d’urgence de mesures transitoires pour sauver l’hôpital public doit être mis en œuvre sansattendre. Une pause, mesure probablement déjà insuffisante, doit être impérativement opérée surles économies demandées. L’hôpital ne peut plus répondre aux carences du système avec de moinsen moins de moyens. Il faut, dès à présent, mettre fin aux fermetures de lits jusqu’à la mise en place d’une réelle alternative médico-sociale et ambulatoire notamment en terme de maintien à domicile.

La lutte contre les gaspillages, économies « saines » doit débuter sans attendre. Elle doit s’appuyersur une analyse de la pertinence des pratiques médicales et soignantes conduite par tous quel quesoit son mode d’exercice. Plus largement, il convient de rappeler que l’indigence des systèmes d’informations en santé, l’accumulation des charges administratives et la multiplicationd’injonctions contradictoires génèrent des coûts indirects rarement pris en compte.

La pertinence des organisations et des réponses aux besoins de santé doit être évaluée à travers une véritable stratégie de gradation des soins. Elle doit être définie sans attendre et surtout assumée politiquement, tant localement que nationalement. La sécurité et la qualité des parcours de soins doivent en être les seuls moteurs.

La question importante de la proximité ne doit pas non plus faire oublier que l’hôpital public est aussi le lieu de l’excellence, de l’innovation et le creuset de la formation. Il est le seul à répondre demanière permanente aux besoins de tous. Que deviendrait le système de santé avec des hôpitaux en rupture de trésorerie et sans médecins ?

Les premiers bénéfices attendus du plan gouvernemental ne seront au mieux visibles qu’en 2022. Si rien n’est fait maintenant, il sera probablement, et bien avant, trop tard.

La conférence, qui a déjà alerté à plusieurs reprises ces derniers mois sur la situation actuelle, appelle solennellement à envoyer sans attendre un signal politique fort et surtout concret àl’ensemble des professionnels hospitaliers de plus en plus exaspérés, avant d’atteindre le point de non-retour.

1 commentaire sur “« Faut-il laisser l’hôpital public mourir dans l’indifférence ? Il est urgent d’agir avant qu’il ne soit trop tard » (Communiqué)”

  1. PH gestionnaire de risque, il devient impossible de faire de la qualitè dans un établissement qui ne fonctionne que grâce à des médecins intérimaires qui nous plombent le budget .Cela entraine une diminution du personnel para médical une baisse des dotations et des investissements….la fameuse roue de deming: politique, faire, évaluer et améliorer s’arrête à la deuxième étape : on ne peut plus faire….

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