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« Le Ségur de la santé a déjà oublié les gestes barrières ! » (Lettre ouverte)

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Lettre ouverte à Monsieur Edouard PHILIPPE, Premier ministre

Monsieur le Premier ministre,

Vous avez ouvert le 25 mai, le « Ségur de la santé » afin de donner un nouvel élan à notre système de soins dans le contexte de crise sanitaire que nous traversons. À cette occasion, vous avez présenté les enjeux des discussions à venir.

Cette première réunion a permis de faire émerger quelques idées intéressantes, notammentpour accélérer le déploiement de l’exercice coordonné entre professionnels de santé. Toutefois, les pistes de réflexion que vous avez avancées concernent essentiellementl’hôpital. Si l’on peut partager la nécessaire amélioration des conditions d’exercice des personnels hospitaliers, il est permis de regretter que les discussions se concentrent, une nouvelle fois, uniquement sur ce secteur. Disons-le tout net, ce « Ségur » ne renverse pas la table et le monde d’après risque de ressembler au monde d’avant, en conservant son caractère hospitalo-centré. La participation aux débats des élus des territoires et despatients laisse espérer qu’il est encore possible d’infléchir la trajectoire. Car pour l’heure, lapréservation de la santé reste le parent pauvre de la politique de santé publique en France,le mot même de « prévention » n’a pas été prononcé lors de l’ouverture de ce « Ségur »…

Pourtant, la Covid-19 nous l’a rappelé brutalement, l’éducation pour la santé à tous les âgesde la vie, l’enseignement des gestes barrières et le dépistage des malades restent lesmesures essentielles pour combattre une épidémie. On peut d’ailleurs déplorer que votregouvernement traîne à autoriser tous les professionnels de santé en capacité de le faire à pratiquer les tests sérologiques de détection de la Covid-19. Pourquoi attendre ? C’est maintenant, alors que le déconfinement de la population a commencé, qu’il faut le faire, afin d’éviter la tant redoutée seconde vague de l’épidémie.

La protection de la population passe également par la mise à disposition en quantité et qualité suffisantes de matériels de protection, comme les masques, mais aussi par unemeilleure information sur la question de l’immunité collective afin que la France ne conservepas le « bonnet d’âne » de la vaccination. Lutter contre la mauvaise observance des patientsà leurs traitements, à l’origine de nombreuses hospitalisations évitables, grâce notamment àla réalisation par les pharmaciens d’officine de bilans de médication, représente également un enjeu de santé publique. Encore faut-il donner les moyens suffisants aux professionnelspour s’investir dans cette mission.

Pour offrir des soins de qualité, il faut aussi que notre pays soit davantage indépendant en matière d’approvisionnement en biens de santé. À trop vouloir maîtriser les coûts et rechercher des économies, les fabricants ont externalisé toute leur production. L’État et lesindustriels devront s’accorder sur les moyens à mettre en œuvre pour ramener la productionde l’industrie pharmaceutique au plus près de chez nous. Cela permettrait aussi de remédier au problème récurrent des pénuries de médicaments que nous subissons quotidiennement, y compris hors crise sanitaire.

L’épidémie de coronavirus a été un formidable révélateur des manquements de la politique de santé en matière de prévention dans notre pays. Ce thème était pourtant le point fort dudiscours du candidat Emmanuel Macron en 2017. Il a longtemps été négligé avant d’être aujourd’hui… abandonné.

Certes, la réforme de l’hôpital, la réévaluation des carrières des personnels qui y travaillent,l’investissement dans cet outil magnifique dont nous pouvons collectivement être fiers, est une priorité. Mais elle ne peut être la seule. Le monde de la santé ne peut se limiter au système hospitalier. D’autres acteurs sont en première ligne et doivent continuer à l’être.

Notre système de santé est un tout, et ce « Ségur » est une formidable occasion d’aborderces différents aspects de concert. Ces deux mois de confinement n’ont-ils rien enseigné ?N’a-t-on pas compris que préserver sa santé est la meilleure manière de soulager l’hôpital !

Monsieur le Premier ministre, pouvons-nous compter sur vous pour donner les orientationsnécessaires au développement d’une véritable politique de prévention dans notre pays au service de la santé de nos concitoyens ?

Philippe BESSET Président

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