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Suicides des internes en médecine : « l’Etat et les doyens fautifs ! » (Communiqué)

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Vendredi dernier, un nouvel interne s’est suicidé. Le 4ème depuis le début de l’année.

Chaque année en France, entre dix et vingt internes en médecine mettent fin à leurs jours. Nous, jeunes médecins en cours de spécialisation, avons trois fois plus de risque de mourir par suicide que les Françaises et Français du même âge.

Chaque semaine, l’ISNI et ses structures locales sont sollicitées par des internes en détresse ne sachant plus vers qui se tourner. Chez France Telecom c’était devenu un scandale national ; à l’hôpital ce n’est que la routine.

La question du suicide des internes et des étudiants en médecine est encore largement taboue. Pourtant, dans notre enquête de 2017, ils étaient 23% à déclarer avoir eu des idées suicidaires dont 5% dans le mois précédent la réponse à l’enquête. Chiffre le plus inquiétant : 3,8 % soit 738 jeunes médecins déclaraient une tentative de suicide !

Voilà le constat : les futurs médecins sont des centaines à être en danger de mort durant leur formation.

La formation médicale en France repose sur une violence institutionnalisée. Celle-ci est parfaitement assumée par l’encadrement universitaire des facultés de Médecine.
En 2018, le président de la conférence des doyens assimilait la souffrance des internes à un « coût humain » qui n’aurait qu’à être « régulé ». Des propos d’une violence inouïe envers les familles de la trentaine d’internes décédés depuis 2018. Des propos qui reflètent surtout la mentalité d’une hiérarchie médicale complètement indifférente à la gravité des situations que nous vivons.

Depuis 2017 et notre enquête, les promesses du ministère de la Santé et de nos encadrants se sont accumulées. L’actuel président de la Conférence des Doyens de médecine de France, Patrice DIOT, souhaitait ainsi faire de la lutte contre les risques psycho-sociaux une priorité de son mandat. Résultat : rien de nouveau.

Que se passe-t-il à Reims aujourd’hui ? Mme le Doyen est vice-présidente de la conférence des Doyens. Elle a connu dans sa faculté deux suicides d’internes en une année : le dernier le 28 février 2020. Quelles solutions propose-t-elle avec la Faculté ? Une cellule d’écoute temporaire pour quelques heures demain après-midi. Autrement dit, pas grand-chose. Ce déni de réalité n’a que trop duré et doit s’arrêter. Il avait fallu attendre que Maxime se tue à Marseille pour que son hôpital se penche enfin sur l’application du repos de sécurité, évitant de travailler plus de 24h sans dormir.

Le diagnostic est brutal et sans appel : tant que la carrière médicale toute entière des internes en médecine sera concentrée entre les mains de quelques-uns sans aucune possibilité d’échappatoire le mal être perdurera et les drames se multiplieront.

NOUS EXIGEONS DONC L’ADOPTION DE CES 10 MESURES URGENTES :

Saisine par le Ministre de la Santé et des Solidarités, de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) afin qu’elle diligente une enquête sur les risques psycho-sociaux durant l’internat.

Chaque suicide d’interne en médecine doit conduire au déclenchement d’une mission d’inspection indépendante nommée par les Directeurs d’ARS et comprenant des représentants des internes.

Mise en place de mesures conservatoires par les directions hospitalières et d’ARS au moindre doute sur une situation de danger grave et imminent pour les personnels, en particulier de risque suicidaire : suspension de la possibilité d’accueillir des internes, suspension des professionnels en cause, extraction des internes.

Doter le Centre National d’Appui (CNA) des moyens nécessaires à la formation des encadrants universitaires et hospitaliers, depuis le doyen aux chefs de service, aux problématiques de harcèlement et de risques psycho-sociaux.

Toutes personnes reconnues coupables disciplinairement et/ou pénalement de harcèlement envers un ou une de ses collègues ou internes doivent être exclues du champ de l’enseignement de façon immédiate.

Suppression du cumul des fonctions managériales et d’enseignement : la coordination d’une spécialité doit exclure la possibilité de cumul avec une chefferie de service.

Élargissement du droit à changer de spécialité ou de subdivision pour respecter le projet professionnel et de vie des internes.

Eradication de l’arbitraire et du mandarinat par la mise en place d’une collégialité systématique associant les représentants des internes sur les décisions relatives au parcours professionnel individuel de l’interne.

Les établissements de santé et facultaires doivent impérativement créer des cellules d’écoute pour les personnes qui subiraient des violences psychologiques sur leur lieu de travail ou de stage comme les y oblige la loi depuis 1983.

Mise en place d’un décompte du temps de travail puisque le temps de travail moyen d’un interne est de 58h hebdomadaires, 23h de plus que la durée normale de travail.

L’ISNI alerte depuis des années le Ministère de la Santé et les Doyens de Médecine sur le drame et les souffrances extrêmes que vivent les internes. En ignorant ces demandes, l’un et l’autre se rendent responsables de ces drames.

Gaétan CASANOVA – Président – president@isni.fr

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