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« La Gueule de bois… » (Communiqué)

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Jeudi 23 février 2023, clap de fin de la négociation conventionnelle.

Non, clap de fin d’un simulacre de négociation conventionnelle où le plat final était le même que celui proposé la veille en ouverture de ces négociations avec seulement quelques épices ajoutées. Pouvait-il en être autrement alors que la recette imposée par l’Élysée au « chef » de la CNAM ne lui laissait aucune liberté dans la nature du plat ? L’ordre donné était : « Faire accepter par la force un plat indigeste, même s’il risque d’aggraver les symptômes d’une profession déjà gravement malade ».

Le cœur de cette future convention médicale aurait dû être de tout faire pour améliorer l’accès aux soins sans en dégrader la qualité et d’améliorer les conditions d’exercice des médecins. En fait, elle va provoquer l’effet inverse en diminuant drastiquement le nombre de médecins généralistes libéraux acceptant d’être des médecins de famille, et cela bien au-delà des perspectives démographiques déficitaires annoncées par l’État.

Le directeur de la CNAM pensait-il vraiment que nous allions accepter que se côtoient dans nos maisons médicales et nos maisons de santé pluriprofessionnelles des médecins généralistes qui, pour les mêmes patients, allaient percevoir pour les uns 26,50 € alors que leurs confrères, pour un travail identique, percevront 30 €, voire 60 € s’il s’agit de patients de plus de 80 ans en ALD ?

Le directeur de la CNAM pensait-il que les syndicats de médecins libéraux laisseraient sur le bord de la route 70 % des médecins généralistes qui n’auraient comme seule perspective que de voir leur pouvoir d’achat s’effondrer de 20 % en 2028 ? Ces médecins n’auront pas d’autres choix pour les uns que d’anticiper leur départ à la retraite et pour les autres, les plus jeunes, de ne plus être médecins de famille libéraux. Ces derniers, une fois passée la frustration d’une vocation avortée, n’auront que l’embarras du choix pour exercer leur métier de médecin, en France ou à l’étranger. En revanche, pour ceux qui restent, les conditions d’exercice vont encore plus se dégrader, car ils seront moins nombreux face à une demande de soins qui augmente.

On n’avait pas donné les bons logiciels au directeur de la CNAM pour mener à bien cette négociation.

Les médecins généralistes libéraux ont-ils eu besoin d’un contrat avec la CNAM pour mettre en place une permanence de soins ambulatoires sur 95 % du territoire, pour répondre aux besoins de santé de la population dans le cadre de la crise sanitaire en mettant en place en une semaine des centres Covid en 2020 et des centres de vaccination en 2021 ?

Le leitmotiv de cette convention « Travailler plus pour gagner plus » est-il entendable pour une profession en grande souffrance, qui travaille en moyenne 55 heures par semaine et dont les jeunes générations tentent, sans y parvenir, de concilier vie familiale et vie professionnelle ?

Comment ne pas se demander si l’objectif de ceux qui nous gouvernent était réellement l’amélioration de l’accès aux soins en maintenant la qualité actuelle de ces soins ? La dérégulation des parcours de soins, en permettant à chaque médecin de réaliser plus de 50 % de son activité en téléconsultation, démontre l’inverse. Les médecins qui vont abandonner une partie de leur activité de médecin traitant au profit de téléconsultations moins contraignantes amélioreront leur condition d’exercice mais n’assureront plus le suivi d’une partie de leur patientèle actuelle.

Peut-on considérer qu’améliorer l’accès aux soins était une priorité de cette convention alors que les mesures dédiées ne s’appliqueront qu’au 1er octobre 2024 ?

Sidérés, les médecins présents ont entendu le directeur de la CNAM annoncer que ces pseudo-négociations étaient terminées. Avec la gueule de bois, ces médecins n’ont pu que faire le constat de l’absence totale de confiance du directeur de la CNAM vis-à-vis des médecins libéraux. Comme notre ministre, il est sourd et aveugle à l’appel au secours de la plupart des médecins généralistes, qui n’en peuvent plus face à un métier source d’autant de souffrance. À ce stade, cette convention médicale devient de la maltraitance vis-à-vis des médecins généralistes.

La CSMF a proposé un projet qui garantit, d’une part, à chaque patient en ALD sans médecin traitant d’en trouver un avant la fin de l’année 2023 et, d’autre part, comme pour la permanence des soins, la prise en charge de toutes les demandes de soins non programmés grâce aux organisations collectives des médecins généralistes.

Le gouvernement, dans le cadre du règlement arbitral, a aujourd’hui le choix entre punir une profession qui a refusé une convention humiliante et infantilisante ou améliorer un texte qui répond aux enjeux de faciliter l’accès aux soins en préservant leur qualité. De cela dépendra la confiance que les médecins libéraux peuvent encore avoir vis-à-vis de ce gouvernement.

Si, après la menace, le gouvernement choisit le bâton, l’heure sera de nouveau à l’unité syndicale et à la mobilisation générale de tous les médecins généralistes libéraux pour obtenir non pas un treizième mois mais les moyens nécessaires pour améliorer l’accès à un médecin de famille ainsi que nos conditions d’exercice.

Dr Luc DUQUESNEL,
Président Les Généralistes CSMF

Ecoutez l’interview du Dr Duquesnel sur France Info le 27/02/2023

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