Coordonnées par le Dre Sandrella Hamdan et la Pre Violaine Smail-Faugeron, les équipes de médecine bucco-dentaire de l’hôpital Bretonneau AP-HP, de l’unité de recherche clinique des hôpitaux Necker-Enfants malades et Cochin – Port-Royal AP-HP, de l’université Paris Cité et de l’Inserm (unité pharmacologie et évaluation des thérapeutiques chez l’enfant et la femme enceinte) ont étudié les bienfaits de la thérapie assistée par les animaux (TAA), et plus particulièrement des chiens, lors des soins bucco-dentaires chez les enfants présentant un trouble autistique.
Les résultats de cette recherche, publiés dans la revue Pediatrics le 9 janvier 2026, montrent que la présence d’un chien-thérapeute lors des premières séances de soins permet de diminuer durablement l’anxiété des enfants au cours des consultations dentaires ultérieures, même en l’absence de l’animal.
Le trouble du spectre autistique (TSA) est un trouble du développement caractérisé par des particularités dans la communication, les interactions sociales et le comportement. Ces affections peuvent rendre les soins dentaires particulièrement complexes : de nombreux enfants présentent une anxiété marquée face à l’environnement inconnu du cabinet dentaire. Cette anxiété complique la relation de soin et peut perturber le vécu de la séance pour l’enfant comme pour le professionnel de santé.
Pour faciliter la prise en charge, les dentistes recourent à des approches comportementales telles que l’hypnose, le renforcement positif (récompenser un comportement calme et adapté), la modélisation (inviter l’enfant à reproduire un comportement observé chez une autre personne ou un objet) ou la démystification (aider à comprendre ce qui suscite la peur en expliquant et en déconstruisant les sources d’anxiété).
Dans cette optique, l’étude promue par l’AP-HP, visait à évaluer si la TAA, lors de deux séances de soins dentaires, pouvait favoriser la transition vers une prise en charge dentaire conventionnelle, sans chien, chez des enfants présentant un trouble autistique, qui rencontrent des difficultés de coopération.
Entre mars 2023 et mars 2024, 49 enfants présentant un trouble autistique, âgés de 6 à 16 ans ont participé à cet essai randomisé. Les participants ont été répartis en deux groupes :
- le groupe témoin, bénéficiant des approches psycho-comportementales habituelles, telles que l’hypnose, le renforcement positif ou la modélisation ;
- le groupe expérimental dans lequel, en complément de ces stratégies, une chienne-thérapeute nommée Pookie, était présente lors des deux premières séances de soins, depuis la salle d’attente jusqu’à la fin du traitement.
Selon les besoins de chaque enfant, le chien pouvait remplir plusieurs rôles thérapeutiques. Tout d’abord, il servait de modèle in vivo, permettant à l’enfant d’observer et d’apprendre à partir de son comportement – un levier particulièrement utile pour l’apprentissage de la régulation émotionnelle et des interactions positives. Ensuite, le chien constituait une source de renforcement positif, en motivant l’enfant grâce à des activités centrées sur lui, par exemple faire aboyer le chien avec un geste de la main ou jouer avec lui pendant les pauses entre deux étapes du soin dentaire. Enfin, le chien jouait un rôle de distraction et de médiation sensorielle apaisante, contribuant à réduire le stress et l’anxiété.
Les résultats ont montré que les scores moyens d’anxiété étaient significativement plus faibles dans le groupe expérimental lors de la troisième séance, suggérant que la TAA pourrait jouer un rôle clef dans l’acclimatation des enfants aux soins dentaires et, par conséquent, faciliter la transition vers des séances conventionnelles sans animal.
À la suite de cette étude, certains parents ont décidé d’adopter un chien pour leur enfant, même s’ils ne sont pas porteurs de handicap, en raison de ses bienfaits thérapeutiques. Il en va de même pour les équipes médicales dans les hôpitaux, qui sont parfois sujettes à de l’anxiété et au stress du quotidien.
Sur la base de ces résultats, l’Agence régionale de santé d’Île-de-France a accordé un financement permettant à Pookie de poursuivre son intervention dans le service de médecine bucco-dentaire de l’hôpital Bretonneau AP-HP.
Références : Sandrella Hamdan, Jade Nguyen, Hendy Abdoul, Camille Ollivier Jean-Marc Treluyer, Frédéric Courson, Sébastien Jungo, Benjamin Salmon, Hélène Fron-Chabouis, Violaine Smail- Faugeron – Pediatrics
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