Le 19 février, la Cour des comptes européenne a publié un rapport spécial sur l’efficacité du plan européen de lutte contre le cancer.
Les points clés :
- Bon nombre d’initiatives sont louables, mais présentent des problèmes de chevauchement et de durabilité
- Les inégalités face au cancer persistent dans et entre les pays de l’UE
- L’avenir du plan après 2027 n’est pas clair
Le programme phare européen de lutte contre le cancer baigne dans le flou, révèle un nouveau rapport de la Cour des comptes européenne. Le cancer reste l’un des plus grands défis de santé publique en Europe, où il tue chaque année plus d’un million de personnes et en frappe des millions d’autres. Le «plan européen pour vaincre le cancer» aide les pays de l’UE à coordonner leurs efforts dans ce domaine. Mais, d’après les auditeurs, l’implication inégale des États membres, les redondances entre initiatives et l’incertitude sur le financement futur pourraient miner l’impact à long terme du plan.
Chaque minute dans l’UE, cinq nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués et plus de deux personnes succombent à cette maladie, ce qui en fait la deuxième cause de décès dans les 27 États membres. L’impact économique est aussi extrêmement lourd: plus de 100 milliards d’euros par an selon les estimations. Face à cette situation, l’UE a lancé en 2021 son «plan européen pour vaincre le cancer». Doté initialement de 4 milliards d’euros pour la période 2021‑2027, ce plan aborde chaque étape de la prise en charge de la maladie, depuis la prévention et la détection précoce jusqu’au traitement et à la qualité de vie des patients et des personnes qui ont survécu au cancer.
«Le cancer est sans aucun doute l’un des pires fléaux de notre temps, puisqu’une personne sur deux dans l’UE se verra diagnostiquer cette pathologie au cours de sa vie», a déclaré Klaus-Heiner Lehne, le Membre de la Cour responsable de l’audit. «Le plan européen pour vaincre le cancer est la principale stratégie de l’UE dans la lutte contre cette maladie, mais sans une mise en œuvre plus cohérente, des jalons précis et une assurance sur son financement futur, il n’atteindra jamais son plein potentiel.»
Les auditeurs ont constaté que le plan cancer européen a ouvert la voie à de nombreuses initiatives à l’échelle de l’UE, dont plusieurs potentiellement très précieuses. L’un de ses mérites est d’avoir conduit quatre pays européens à élaborer un nouveau «plan cancer» national et 10 autres à actualiser le leur. Mais des redondances et des doublons compromettent l’efficacité du plan de l’UE. Plusieurs projets financés par l’Europe, comme des applications mobiles de prévention et de sensibilisation, ont des objectifs et des groupes cibles similaires: dépenses et efforts sont ainsi dupliqués, d’où une utilisation peu efficiente des fonds. D’autres projets, pourtant bien conçus, peinent à produire des effets durables parce que les pays de l’UE ne s’en sont pas réellement saisis. Or, sans appropriation, sans plan de financement à long terme et sans structure garantissant la continuité au niveau national, de nombreuses initiatives du plan cancer européen ne produiront pas d’améliorations tangibles.
Des disparités patentes subsistent entre les Vingt-Sept, notamment en matière de prévention et de dépistage. Le taux de vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) chez les filles de moins de 15 ans se situe à 64 % en moyenne dans l’UE, encore loin de l’objectif de 90 % d’ici 2030, avec des taux de vaccination allant de 7 % en Bulgarie à 91 % au Portugal. En Bulgarie, en Estonie et en Lettonie, ce taux a même baissé ces dix dernières années. Quant au dépistage du cancer du sein, le taux moyen de participation est lui aussi très variable. S’il est supérieur à 75 % au Danemark, en Finlande, en Suède et en Slovénie, il n’atteint même pas 40 % en Roumanie, à Chypre, en Slovaquie, en Hongrie, en Bulgarie, en Lettonie et en Pologne. Plus alarmant encore, plus de la moitié des pays de l’UE (dont l’Allemagne, la France et l’Italie) affichent une participation en déclin, alors qu’ils se trouvent déjà sous la moyenne européenne.
Dans leur rapport, les auditeurs pointent en outre des faiblesses dans la conception du plan: faute d’objectifs chiffrés, de dates de fin précises et d’indicateurs homogènes, il est difficile d’évaluer les avancées du plan et son impact à long terme. Ils s’inquiètent également de l’avenir du plan cancer européen. En 2024, le budget global du programme «L’UE pour la santé» a été amputé d’un milliard d’euros environ, soit plus de 35 %, ce qui jette un doute sur la mise en œuvre du plan jusqu’à la fin de 2027. À plus long terme, la vision et le financement européens restent incertains et dépendront du budget finalement adopté par l’UE pour la période 2028‑2034.
Informations générales
En vertu des dispositions de l’article 168 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, c’est aux États membres qu’il incombe de définir les politiques de santé ainsi que d’organiser et de fournir des services de santé et des soins médicaux, et notamment d’y allouer des ressources. Le rôle de l’UE consiste dès lors à soutenir et à compléter leur action.
Adopté par la Commission européenne en février 2021 dans le cadre de l’union européenne de la santé, le «plan européen pour vaincre le cancer» a pour objectif de réduire la charge que représente cette maladie grâce à une stratégie reposant sur quatre piliers: i) la prévention, ii) la détection précoce, iii) le diagnostic et le traitement et iv) la qualité de vie des patients atteints d’un cancer et des personnes qui y ont survécu. Ce plan promeut en outre la recherche et l’innovation, l’usage du numérique, le partage de données et les synergies avec d’autres politiques nationales et de l’UE.
Le rapport spécial 07/2026 intitulé «Plan européen de lutte contre le cancer – Un plan ambitieux à l’avenir incertain» est disponible sur le site internet de la Cour, accompagné d’une fiche synoptique reprenant les principaux faits et constatations.
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