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Bilan du 3e colloque MNH / Drees sur les recherches et innovations en matière de santé des professionnels de santé : des résultats inédits et la ministre Rist annonce un plan dédié (Communiqué)

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Initié par un premier partenariat avec la DREES en 2022, le programme de recherche de la Fondation MNH sur la santé des professionnels de santé entre dans une nouvelle phase. Après deux éditions consacrées à structurer une dynamique nationale, le troisième colloque marque un tournant : les études arrivent à maturité, les résultats sont là, et les premières réponses concrètes émergent des territoires.

En présence de Camille Galliard-Minierministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées, chercheurs, cliniciens, institutionnels et acteurs de terrain se sont réunis le 8 avril pour dresser un état des lieux exigeant, adossé aux données inédites qui ont pu être analysées dans le cadre de ces études.

Dans son message, la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapéesStéphanie Rist a déclaré : « Nos prédécesseurs ont posé les premiers fondements. Il nous faut maintenant changer d’échelle. Dans les toutes prochaines semaines, je présenterai avec mes collègues ministres un plan dédié à la santé des professionnels de santé, articulé autour de quatre priorités : mieux outiller et accompagner les professionnels, renforcer la prévention notamment en matière de santé mentale, améliorer la santé au travail en réduisant les risques professionnels, et inscrire durablement la santé des soignants comme une priorité visible, suivie et reconnue dans les politiques publiques. Car une réalité toute simple s’impose : un professionnel de santé en bonne santé est un professionnel qui soigne mieux. »

Camille Galliard-Minier a déclaré : « Prendre soin de nos soignants est une exigence fondamentale, humaine d’abord, systémique ensuite. On ne peut durablement garantir un haut niveau de qualité de soins sans garantir de bonnes conditions d’exercice. Agir sur la santé des professionnels, c’est lutter concrètement contre l’absentéisme, réduire la surcharge des équipes et améliorer la qualité de l’accompagnement des patients. »

Pour Benoît Fraslin, Président de la Fondation MNH et de la MNH, « Ce troisième colloque marque un moment important : nous ne posons plus seulement des questions, nous commençons à avoir des réponses solides. Ces données objectivent ce que les professionnels de santé vivent au quotidien et se traduisent désormais en actes concrets, dans les territoires, dans les établissements, dans les critères de certification. C’est exactement ce que nous visions en lançant ce programme avec la DREES. »

Thomas Wanecq, Directeur de la DREES ajoute : « Ce partenariat avec la Fondation MNH a du sens : il permet de mettre la rigueur statistique au service de questions que le terrain pose depuis longtemps. Certains résultats bousculent les idées reçues, comme les données sur les trajectoires des infirmières ou sur l’incidence des cancers selon les métiers du soin. Ils appellent à des travaux complémentaires. »

 

CE QU’IL FAUT RETENIR

Le 3e colloque Fondation MNH / DREES présente les résultats les plus avancés des programmes de recherche nationaux sur la santé des professionnels de santé. Six chiffres résument l’ampleur du sujet.

+30 % de cancers cutanés chez les soignants par rapport aux autres actifs, et + 50 % de cancers du poumon chez les techniciens non médicaux (Technicien de maintenance, thermicien, serrurier, agent de blanchisserie, agent de restauration collective, cuisinier…) (étude CAPESSA – HCL, 193 000 professionnels suivis sur 9 ans).

40 % des aides-soignants de plus de 50 ans souffrent de douleurs aux membres supérieurs, contre 12 % chez les moins de 35 ans. Le taux atteint 45 % chez les agents de service hospitaliers du même âge (Etude TMS portée par le CHU de Rouen).

34 043 grossesses de professionnelles de santé analysées : dans les profils les plus exposés aux contraintes professionnelles, le diabète gestationnel est deux fois plus fréquent que dans le profil le moins exposé, et la délivrance d’antidépresseurs est presque doublée (projet WOCAPREG, CHU de Toulouse).

4,5 milliards d’euros : c’est le coût estimé de la mauvaise santé des professionnels de santé dans le secteur hospitalier pour l’année 2021, selon les résultats de l’étude VALORIS (EHESP). Un ordre de grandeur qui doit inciter les décideurs à agir.

23 % des employeurs accompagnés par le Fonds National de Prévention de la CNRACL relèvent de la fonction publique hospitalière, et 40 % des montants alloués depuis 2022 lui ont été consacrés, alors même que la FPH ne représente que 5,1 % des employeurs affiliés : un fort engagement pour le secteur qui témoigne de l’intensité des besoins dans le secteur.

 

Au-delà des chiffres, la ministre de la Santé Stéphanie Rist l’affirme :

« un professionnel de santé en bonne santé est un professionnel qui soigne mieux » et annonce un plan dédié dans les toutes prochaines semaines

PARTIE 1 | Des risques désormais objectivés par la recherche 

Cancers, grossesses à risque, troubles musculo-squelettiques : ce que les soignants vivent dans leur corps devient enfin visible dans les données.

Pendant des décennies, la santé des soignants a été peu documentée, comme si l’exposition professionnelle s’arrêtait aux portes des établissements de santé. Les programmes de recherche, dont ceux soutenus conjointement par la Fondation MNH et la DREES, apportent un démenti chiffré à cette idée reçue.

+30 % de cancers cutanés supplémentaires chez les soignants

L’étude CAPESSA, conduite par les Hospices Civils de Lyon, a étudié plus de 193 000 professionnels du secteur de la santé actifs entre 2004 et 2008, comparés à plus de 1 267 000 autres actifs sur neuf ans (2012-2021). Les résultats montrent que les soignants présentent 30 % de cancers cutanés supplémentaires par rapport aux autres professionnels. Les techniciens non médicaux affichent quant à eux 50 % de cancers du poumon de plus.

L’étude confirme par ailleurs une tendance à une incidence plus élevée du cancer du sein. Ces données, croisées avec les expositions professionnelles documentées des soignants (radiations ionisantes, cytotoxiques, formaldéhyde, travail de nuit), ouvrent des pistes concrètes pour une politique de prévention ciblée par métier.

40 % des aides-soignants de plus de 50 ans souffrent de douleurs aux membres supérieurs

L’étude menée à partir du dispositif Evrest a suivi 1 885 soignants sur cinq ans, en distinguant cinq familles professionnelles. Elle met en évidence un phénomène jusqu’ici sous-estimé : la prévalence des douleurs aux membres supérieurs (poignets, coudes, épaules) en comparaison aux pathologies du dos et des cervicales, pourtant bien identifiées.

Ces douleurs s’aggravent avec l’âge de façon marquée : elles touchent près de 40 % des aides-soignants de plus de 50 ans et 45 % des agents de service hospitaliers du même âge, soit plus de 30 points d’écart par rapport aux moins de 35 ans dans ces mêmes catégories.

Chez les infirmières de plus de 50 ans, le taux atteint 20 %.

Ces chiffres interrogent directement la durabilité et l’adaptation des carrières dans la fonction publique hospitalière.

Grossesse et travail en santé : des risques qui s’accumulent

Le projet WOCAPREG, conduit par le CHU de Toulouse et l’INSERM, a analysé 34 043 grossesses de professionnelles de santé selon leur niveau de contraintes professionnelles cumulées.

Trois profils concentrent les risques les plus élevés : les infirmières et ambulancières, fortement exposées aux facteurs psychosociaux et aux contraintes organisationnelles ; les agents de service hospitaliers, particulièrement exposés aux risques biomécaniques et les aides-soignantes, qui cumulent le plus grand nombre de contraintes toutes catégories confondues.

Dans ces profils, la fréquence du diabète gestationnel atteint 9 %, contre 5 % dans le profil le moins exposé. La délivrance de médicaments contre la douleur y est de 73 % contre 65 % en population générale, celle d’antidépresseurs de 9 % contre 5 %. Des menaces d’accouchement prématuré et des naissances prématurées sont également plus fréquentes dans les profils associant travail répétitif et postures pénibles. Ces résultats plaident pour une prise en compte systématique de la combinaison des contraintes dans l’aménagement du travail pendant la grossesse.

Quand l’autonomie et la reconnaissance concourent à une meilleure santé des infirmières

Le projet TRAILSS, conduit par l’IRDES, apporte un éclairage sur les trajectoires professionnelles des infirmières entre hôpital et secteur libéral. Les infirmières qui quittent l’hôpital présentent initialement un état de santé dégradé ; une diminution du recours aux soins hospitaliers est ensuite observée après leur installation en libéral. Ces résultats sont cohérents avec l’hypothèse selon laquelle l’autonomie dans l’organisation du travail, combinée au soutien social et à la reconnaissance professionnelle, peut produire des effets bénéfiques sur la santé. Ils suggèrent, dans un contexte de pénurie durable, que les réponses fondées uniquement sur les revalorisations salariales restent insuffisantes.

La santé bucco-dentaire, angle mort de la prévention à l’hôpital

Une enquête socio-anthropologique conduite auprès de 37 soignants hospitaliers dans trois établissements (CHU de Rouen, Pitié-Salpêtrière, Charles-Foix) apporte un regard complémentaire et exploratoire sur un impensé des politiques de prévention. Les aides-soignantes ne consultent qu’en situation d’urgence ou de douleur, quand les infirmières connaissent les normes mais peinent à les respecter. Les freins identifiés combinent contraintes organisationnelles, inégalités sociales et une tension de fond entre le soin aux autres et le soin à soi-même.

 

PARTIE 2 | Un enjeu de système, pas seulement individuel

Présentéisme, vieillissement, coût économique : la mauvaise santé des soignants pèse sur l’ensemble du système de soins.

La recherche le confirme désormais : la mauvaise santé des soignants ne relève pas que d’une responsabilité individuelle. Elle est le produit de facteurs socio-économiques et organisationnels identifiables, mesurables, et en partie évitables.

Le présentéisme, précurseur silencieux de l’absentéisme

Se présenter au travail malgré des problèmes de santé physiques ou psychologiques : c’est la définition du présentéisme, un comportement largement répandu chez les soignants. Ses facteurs déclenchants combinent surcharge de travail, charge mentale, stress et horaires excessifs. Les études montrent qu’il constitue un antécédent de l’absentéisme et est associé à une baisse mesurable de la qualité des soins — ce qui en fait un enjeu de sécurité des patients autant que de santé au travail.

VALORIS : combien coûte la mauvaise santé des soignants ?

Conduite par l’Université de Rennes et l’EHESP, l’étude VALORIS est la première démarche de ce type en France : elle vise à calculer, pour les établissements de santé et médico-sociaux, les coûts directs et indirects liés à la mauvaise santé de leurs professionnels. Un premier ordre de grandeur est posé : pour un taux d’absentéisme de 8 % dans le secteur hospitalier, le coût estimé atteint 4,5 milliards d’euros pour l’année 2021.

L’étude va plus loin en produisant des coefficients multiplicateurs utilisables par chaque établissement pour valoriser monétairement ses propres pertes liées à l’absentéisme et au présentéisme. L’objectif est explicitement incitatif : démontrer que le coût de l’inaction dépasse celui des programmes de prévention, et donner aux décideurs les outils pour agir.

Vieillir en soignant : un défi encore sans réponse

Le vieillissement des professionnels de santé représente une dimension supplémentaire de cet enjeu systémique. Le Gérontopôle du Centre Val-de-Loire explore actuellement l’état des connaissances sur ce sujet encore peu structuré, à l’heure où le maintien dans l’emploi des seniors de la fonction publique hospitalière devient une priorité que le système ne peut plus différer.

 

PARTIE 3 | De la recherche à l’action : transformer les pratiques de terrain

Territoires, institutions, certification : les premières réponses concrètes prennent forme.

La troisième session du colloque montre que la recherche commence à irriguer les pratiques. Les initiatives présentées ce jour dessinent les contours d’une politique de prévention qui s’organise à plusieurs échelles simultanément.

La Mayenne, laboratoire territorial de la prévention

Le programme La Mayenne M ses Soignants, piloté par la CPAM et May’Santé Lab, a débuté fin 2023 sur la base d’un diagnostic territorial partagé. Il déploie depuis 2024 un plan d’actions départemental articulé autour de la détection des situations de mal-être, de l’orientation et de l’accompagnement des soignants. Un modèle qui préfigure ce que pourrait être une approche territorialisée de la santé au travail dans la filière.

La CNRACL au chevet des employeurs hospitaliers

Le Fonds National de Prévention de la CNRACL accompagne les employeurs dans leurs démarches de prévention des risques professionnels. Fait notable : alors que la fonction publique hospitalière ne représente que 5,1 % des employeurs affiliés à la CNRACL, elle concentre 23 % des employeurs accompagnés et 40 % des montants alloués depuis 2022. Une forte mobilisation de moyens qui témoigne de l’intensité des besoins dans le secteur.

La certification HAS : la santé des soignants entre dans les critères

La HAS intègre désormais la santé des professionnels dans ses critères de certification des établissements de santé, créant une logique de marque employeur dans un secteur sous tension croissante liée aux difficultés de recrutement.

Les CPTS, nouveau relais territorial pour la santé des soignants

Avec 724 CPTS conventionnées couvrant 84 % de la population française et près de 40 % des professionnels de santé de ville adhérents, les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé sont devenues un espace d’action concret sur la santé de leurs membres, souvent à l’initiative des soignants eux-mêmes.

Les premières initiatives ont émergé autour de 2020 sur la thématique de l’épuisement professionnel, portées par des professionnels formés au DIU Soigner les soignants. Le répertoire d’actions s’est depuis diversifié : groupes de parole, sport-santé, bilans de santé avec visites médicales longues, actions de dépistage ciblées sur les professionnels de santé.

Certaines CPTS mènent des recherches-actions pour mesurer les effets protecteurs des organisations collectives sur la santé des soignants de ville. Cette approche collective et pluriprofessionnelle commence à s’étendre au-delà des soins de ville, vers les établissements médico-sociaux et les soins à domicile.

 

Ce que le BTP peut apprendre au secteur de la santé

Le colloque s’ouvre à une filière voisine pour en tirer des enseignements : l’OPPBTP, organisme dédié à la prévention dans le BTP depuis près de 80 ans, partage son expérience face à des risques structurellement proches. Dans le BTP, 88 % des maladies professionnelles sont liées aux TMS, les accidents du travail ont reculé de 5,4 % entre 2023 et 2024, et le coût direct de la mauvaise santé des salariés représente un milliard d’euros pour les entreprises du secteur. Ce rapprochement illustre ce que peut produire une politique de prévention organisée à l’échelle d’une branche entière — une démarche dont le secteur de la santé pourrait s’inspirer.

À PROPOS DE LA FONDATION MNH

La Fondation MNH a été lancée en 2019 par la Mutuelle Nationale des Hospitaliers et le Groupe qu’elle a créé. Elle agit autour de la mission Prendre soin de l’humain dans la santé. La Fondation MNH soutient des projets de terrain et de recherche portant sur la médiation en santé et la santé des professionnels de santé. Les bénéficiaires de son action sont à la fois les personnes en situation de vulnérabilité qui sont soignées ou ont besoin de l’être et ceux qui soignent, accompagnent, soulagent.

Accréditation et contact presse : Jérôme Aubé | Service de presse MNH | presse@mnh.fr

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