Ce jeudi 11 mai, la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) rend publique sa troisième consultation nationale.
Menée du 10 février au 18 mars 2026, elle a recueilli 4 373 réponses, soit presque le double des consultations précédentes, dont 3052 répondants à la question centrale. Les répondants sont des professionnels de santé ou bénévoles d’accompagnement, dont 42% sont adhèrents à la SFAP.
Le contexte
Alors que le processus législatif sur le « droit à l’aide à mourir » avance, la SFAP a fait le choix d’une consultation résolument prospective : se projeter à l’horizon 2036, en retenant l’hypothèse probable que la loi aura été votée et que le recours au suicide assisté et à l’euthanasie sera intégré à l’offre de soins. La question posée n’est pas « êtes-vous pour ou contre ? » mais « qui voulons-nous être collectivement dans dix ans ? » si ce scénario se confirme.
Les principaux résultats
On note dans la première partie de la consultation que l’inquiétude des soignants persiste : 69 % se disent insatisfaits de la probable évolution législative (vs 70 % en 2024) contre 11,7% satisfaits, 76 % inquiets contre 10,7% soulagés et 79 % préoccupés contre 9,2% indifférents – des taux stables depuis la dernière consultation, confirmant qu’aucune accoutumance ne s’installe.
Dans la seconde partie, à la question du positionnement à adopter dans 10 ans si la loi était adoptée, le résultat est net : les acteurs de soins palliatifs choisissent de mettre en avant la« préférence pour les soins palliatifs » – scénario 3- qui recueille 57,9 % des voix (majorité absolue, constante tout au long de l’ouverture du questionnaire). Ce scénario préconise que la SFAP reste dans le débat public pour défendre activement les soins palliatifs comme une alternative à l’aide à mourir, contraire aux valeurs du soin. Ce scénario propose également une hiérarchisation claire des pratiques : face à la souffrance et à la demande de mort, la réponse privilégiée doit être, pour les répondants, la prise en charge palliative.
Le scénario 1, préconisant l’intégration de l’aide à mourir aux soins palliatifs recueille 17,5%. Un score équivalent à celui du scénario 4, prévoyant une posture de combat de la SFAP contre l’aide à mourir, même si le scénario d’intégration totale de l’aide à mourir dans les pratiques palliatives est significativement rejeté : 43,4 % en font le scénario à éviter à tout prix, loin devant les autres scénarios proposés
Les enseignements
Ces résultats donnent un cap clair à la SFAP. La communauté palliative n’a pas changé de conviction : elle demande majoritairement à sa société savante de tenir une ligne de préférence éthique ferme pour les soins palliatifs, sans silence ni radicalisation stérile, en restant interlocuteur des pouvoirs publics. Les répondants appellent à la mise en place d’outils concrets : formations, guides par métier, soutien des soignants dans leur pratique, y compris à l’objection de conscience, et à un travail de mémoire et de documentation sur les expériences étrangères (Belgique, Canada et autre pays ayant légalisé l’aide à mourir) et la situation française.
Ils aspirent surtout à la mise en place d’une offre de soins palliatifs de haute qualité et accessibles pour tous, afin d’en faire la meilleure réponse au souhait de hâter la mort. La mobilisation record de cette consultation (4 373 répondants contre 2 297 en 2024) témoigne d’un engagement inédit et d’une légitimité renforcée pour porter ce message.
Pour Ségolène Perruchio, Présidente de la SFAP : « L’engagement de la SFAP dépasse la question politique : il est d’abord quotidien, concret, au chevet des patients et de leurs proches. Et c’est précisément pour cette raison que nous prenons la parole et réfléchissons à la meilleure manière de continuer à faire notre travail, même si la loi sur le suicide assisté et l’euthanasie venait à être votée. Ces 4 373 soignants qui ont répondu ne nous demandent pas de nous renier ou de nous retirer : ils nous demandent de tenir, d’être utiles, et de rester debout pour eux et pour les patients. C’est exactement ce que nous ferons. »
>> Les résultats complets de la consultation sont téléchargeables ici
Contact presse : relations.publiques@sfap.org