Consultation infirmière reconnue par les textes mais toujours absente des organisations hospitalières. Prescription infirmière autorisée, mais logiciels incapables de l’enregistrer. En ville, seulement deux motifs de consultation prévus à ce stade par l’Assurance Maladie. Pour le SNPI, le paradoxe devient difficilement défendable : la France a réformé le métier infirmier, mais les organisations n’ont pas suivi.
Depuis le 30 juin, les textes sont pourtant clairs. Les infirmières peuvent conduire en autonomie des consultations infirmières, réaliser une évaluation clinique, poser un diagnostic infirmier, élaborer un projet de soins et prescrire certains produits de santé et médicaments.
Sur le papier, c’est une évolution historique. Sur le terrain, les patients en voient encore trop peu les effets.
À l’hôpital : la consultation existe dans le droit, pas encore dans l’organisation
L’arrêté du 26 juin 2026 dispose explicitement que les consultations infirmières peuvent être réalisées « en établissement de santé ».
Mais près de trois mois après son entrée en vigueur, le syndicat infirmier SNPI ne constate pas l’ouverture de nouvelles consultations infirmières dans les établissements hospitaliers liée à cette réforme.
C’est pourtant à l’hôpital que cette nouvelle possibilité pourrait rapidement trouver toute son utilité : préparation et suivi d’une hospitalisation, retour à domicile, éducation à la santé, accompagnement des maladies chroniques, surveillance clinique, prévention ou coordination des parcours.
À quoi sert de reconnaître la consultation infirmière si les établissements ne créent ni le temps, ni l’organisation, ni les moyens permettant de la réaliser ?
En ville : deux consultations seulement pour commencer
La situation est différente mais tout aussi révélatrice pour les infirmières libérales.
L’Assurance Maladie et les organisations représentatives ont prévu les premiers remboursements de consultations infirmières. Mais seuls deux motifs ont été retenus dans un premier temps : l’accompagnement d’un patient diabétique de type 2 lors de l’instauration d’un traitement initial par insuline et le suivi après « Mon Bilan Prévention ».
C’est un début. Ce n’est pas encore la traduction de l’ensemble du champ de la consultation infirmière reconnu par la réglementation.
D’autres consultations (santé mentale, retour d’hospitalisation après AVC, urgences, plaies) sont pourtant indispensables !
Le droit a ouvert la porte. Le financement ne l’a encore qu’entrouverte.
Même le paracétamol révèle le retard des établissements
La prescription infirmière fournit un exemple presque caricatural du décalage entre la réglementation et les outils.
Une infirmière libérale peut désormais rédiger, dans les limites prévues par les textes, une ordonnance de paracétamol.
À l’hôpital, l’infirmière dispose juridiquement de la même compétence. Mais les logiciels métiers utilisés dans les établissements ne permettent pas encore d’identifier l’infirmière comme prescriptrice.
Conséquence : pour exercer une compétence désormais reconnue par la réglementation, il faut encore recourir à une ordonnance papier puis faire intégrer la prescription dans le système informatique par un interne.
« En 2026, une réforme du métier infirmier peut donc être bloquée… par une case absente d’un logiciel. Cette situation fait perdre du temps aux infirmières. Elle en fait perdre aux médecins et aux internes. Elle multiplie inutilement les intermédiaires. Et surtout, elle retarde le bénéfice attendu pour les patients d’une réforme précisément destinée à simplifier les parcours et à mieux utiliser les compétences disponibles. » alerte Thierry Amouroux, le porte-parole du SNPI
Le SNPI demande un plan de mise en œuvre dans chaque établissement
La publication d’un texte ne suffit pas à transformer une organisation de soins. Le SNPI demande au ministère de la Santé et aux ARS de donner une impulsion nationale à la mise en œuvre effective de la réforme.
Chaque établissement doit maintenant établir son plan d’application de la réforme infirmière, associant directions, directions des soins, commissions des soins infirmiers, équipes médicales, services informatiques et professionnels de terrain.
Trois priorités peuvent être engagées immédiatement :
1. Ouvrir des consultations infirmières répondant aux besoins des patients et aux compétences reconnues par les textes.
2. Adapter sans délai les logiciels métiers, afin que les prescriptions infirmières puissent être saisies, tracées et sécurisées comme toute autre prescription autorisée.
3. Former et informer les professionnels, en actualisant les procédures, protocoles et organisations des services.
Il serait paradoxal de consacrer des mois à réformer le droit pour continuer ensuite à travailler comme si rien n’avait changé.
Passer enfin de la réforme de l’exercice infirmier à la réforme des soins
Cette question dépasse largement la reconnaissance d’une profession.
Dans un système de santé confronté aux difficultés d’accès aux soins, au vieillissement, aux maladies chroniques et au manque de professionnels, laisser des compétences disponibles inutilisées est un non-sens.
Chaque consultation infirmière pertinente qui n’est pas organisée, chaque prescription autorisée qui doit être reprise par un médecin uniquement parce que le logiciel ne reconnaît pas son auteur, représente du temps professionnel gaspillé.
La réforme infirmière avait une ambition : mieux répondre aux besoins de santé en permettant aux infirmières d’utiliser pleinement leurs compétences.
La loi a fait sa part. Les textes réglementaires ont fait la leur. Aux établissements et aux pouvoirs publics de faire maintenant la leur.
Le SNPI appelle à passer rapidement des compétences écrites aux compétences exercées, et de la réforme de la profession à l’amélioration concrète des soins pour les patients.
Consulter le site du Syndicat National des Professionnels Infirmiers