MG France a lu avec attention le rapport sur l’articulation AMO/AMC commandé par le gouvernement à une mission dont la composition interrogeait (communiqué MG France du 24/04). Lien vers le communiqué MG France
Sans surprise, ses préconisations semblent avoir été elles aussi commandées, puisqu’elles reprennent assez exactement les propositions du gouvernement pour palier le défaut de financement de l’assurance maladie.
Les auteurs eux-mêmes semblent avoir pressenti l’usage qui en sera fait puisqu’ils incitent « celles et ceux qui auront à en tirer parti, à s’affranchir de la tentation de grappiller ici ou là certaines mesures pour en faire des propositions intégrées au PLFSS ».
Nul doute que le gouvernement saura grappiller parmi ces propositions :
– « ouvrir l’accès des assurances complémentaires aux données de vaccination, de dépistage et d’arrêts de travail » au prétexte de prévention
– instaurer des « franchises » sur les prestations des régimes complémentaires pour « modérer les primes et responsabiliser les malades »…
– « transférer vers les régimes assurantiels les transports sanitaires et les risques optique et audioprothèses », aggravant le désengagement progressif de la sécurité sociale solidaire au profit de structures qui n’ont pas, jusqu’à présent, montré une grande efficacité pour en limiter le coût
– « confier aux employeurs, qui pourront bien sûr assurer ce risque, les indemnités journalières des premiers jours d’arrêt maladie », ouvrant la porte à l’élargissement des jours de carence de droit commun.
Au delà, et négligeant les nombreux appels faits en ce sens, les auteurs rejettent la solution d’une « Grande Sécu » en invoquant son « insoutenabilité financière », mais plaident pour une « Grande Complémentaire », en particulier sur l’optique et les audioprothèses sans pourtant se préoccuper de la soutenabilité des primes.
A qui profiteraient ces préconisations ?
Assurément au gouvernement et aux assurances de santé.
MG France alerte soignants et patients : elles ne profiteraient pas à la santé publique et augmenteraient les couts.
Optique, audioprothèses et dentaire (surtout) posent aussi un problème de soutenabilité pour l’assurance maladie (cofinanceur du Plan 100 % Santé et son reste à charge zéro).
En fait, il arrive un moment où la collecte des cotisations de sécurité sociale n’est pas suffisante. D’où le déficit de l’assurance maladie (pas loin de 14 milliards quand même). Et le psychodrame social et politique chaque année pour voter difficilement une Loi de Financement de la Sécurité Sociale qui oblige à quelques ajustements douloureux.
Tandis que de leur côté les Mutuelles (les vraies) ou assurances sont agiles. Chaque année, elles ajustent à due concurrence la collecte des cotisations aux garanties qu’elles financent.
La vision politique est donc de laisser peu à peu les Mutuelles ou les assurances gérer tout ça comme elle l’entendent. Y compris se mettre en concurrence frontale pour faire émerger celle qui finalement aura le meilleur rapport qualité prix ou tout simplement des adhérents (Mutuelles) ou des clients (assurances) moins malades ou moins dépensiers.
Exit chaque année la crise gouvernementale qui ne manque jamais de poindre.
Si on n’a pas compris ça, on n’a rien compris !