L’Observatoire de l’Expérimentation Animale (OXA) publie ce mardi 3 novembre son rapport « Xénotransplantation. Enquête sur une industrie », écrit avec la participation de Roland Cash, médecin et économiste de la santé. En mai 2026, la revue de référence de la discipline, « American Journal of Transplantation », recensait neuf patients greffés de leur vivant avec un organe de cochon génétiquement modifié : cinq sont morts moins de six mois après l’opération, et les quatre autres ont perdu leur greffon.
Ce rapport paraît deux jours avant la séance que l’Académie vétérinaire de France consacre aux xénogreffes, alors que le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) prépare l’avis qu’il doit rendre cet automne à l’issue des États généraux de la bioéthique, en vue de la révision de la loi de bioéthique.
Trente ans de promesses. Depuis la naissance des premiers porcelets porteurs d’un gène humain, fin 1992, chez la société britannique Imutran, les promoteurs de la xénotransplantation la présentent comme la réponse au manque de greffons humains et annoncent des organes en nombre « illimité ». Pourtant, le greffon le plus durable des neuf patients a été retiré au bout de 271 jours, et cinq de ces greffes n’ont donné lieu à aucune publication relue par les pairs.
Les animaux concernés. Le nombre total d’animaux utilisés par la filière reste inconnu, mais les équipes publient parfois le détail de leurs pratiques. Une étude chinoise de 2026 fait ainsi état de 367 701 embryons clonés et de 2 019 truies en cinq ans. Les porcelets qui survivent naissent par césarienne et vivent en isolement stérile, la queue coupée et les dents épointées. Les greffes d’organes de cochons ont été essayées sur des primates avant de l’être sur des humains.
L’économie de la xénotransplantation. L’entreprise étatsunienne eGenesis a levé environ 495 millions de dollars, et l’agence allemande de financement de la recherche a accordé plus de 42 millions d’euros à un consortium munichois qui n’a jamais dépassé le stade de la greffe chez des babouins. Aucun financeur n’a publié le bilan de ce que son argent a produit.
La réflexion éthique. Les notions de spécisme, qui hiérarchise les êtres selon leur espèce, et de sentience, la capacité à ressentir, sont centrales en éthique animale. Elles n’apparaissent pourtant pas une seule fois dans trois textes récents qui traitent des xénogreffes en France : le rapport de l’Académie nationale de médecine de mai 2025, la synthèse des États généraux de la bioéthique publiée par le CCNE en juillet 2026 et l’avis n° 152 du CCNE sur les greffes et dons d’organes.
« Le débat éthique sur les xénogreffes s’arrête au consentement des malades et à l’acceptation du public. Notre rapport commence par la question qu’il laisse de côté : est-il légitime d’élever et de tuer des cochons pour leur prélever des organes ? », déclare Nicolas Marty, président fondateur de l’OXA.
Les autres voies. D’autres réponses au manque de greffons n’utilisent pas d’animaux et peuvent encore progresser en France. Les greffes à partir de donneurs vivants n’étaient que de 8,1 par million d’habitants en 2023, contre 28,1 aux Pays-Bas, et le taux d’opposition des proches au prélèvement après la mort a atteint un taux record de 37,1 % en 2025.
« Les xénogreffes représentent une option absurde sur le plan médico-économique, tant leurs résultats sont faibles au regard des coûts. Le don d’organes et la prévention de l’insuffisance rénale offrent un bien meilleur rapport coût-bénéfice, sans besoin d’élever et de tuer des animaux. C’est donc là que l’argent public devrait aller en priorité », estime Roland Cash, vice-président de Transcience.
L’OXA formule six recommandations :
- Chiffrer le coût animal, direct et indirect, dans toute évaluation éthique et réglementaire
- Rendre compte, projet par projet, des financements publics engagés en France et en Europe
- Appliquer un principe de précaution face au risque de transmission de maladies animales à l’humain
- Orienter les financements vers les alternatives qui offrent le meilleur rapport coût-bénéfice
- Ouvrir un débat démocratique qui traite en profondeur de l’éthique animale
- Mettre fin à l’asymétrie spéciste de la loi de bioéthique
Nicolas Marty et Roland Cash présentent le rapport le mardi 3 novembre, de 18h30 à 19h30, dans un webinaire sur Zoom, sur inscription.
Contact presse. Nicolas Marty – contact@oxanimale.fr
L’OXA, Observatoire de l’Expérimentation Animale, association créée en novembre 2024, rassemble et rend accessibles les données sur l’expérimentation animale, ses encadrements et ses effets sur les animaux non humains.
Roland Cash est vice-président de Transcience, association dont l’objet est d’accompagner la transition vers une recherche non animale.