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Fermeture de la maternité de Die : la CN publie une lettre ouverte à Agnès Buzyn (Communiqué)

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« Madame la Ministre.

Nous voici satisfaits, vous allez « mener une politique de protection des gens. En particulier des plus vulnérables. [Vous êtes] personnellement touchée par cette vulnérabilité, c’est ce qui [vous a] animé comme médecin et c’est ce qui [vous] anime comme Ministre C’est le sens même de [votre] mission. »

Mais dîtes-vous comme à regret, « il va aussi falloir prendre des décisions qui ne seront pas toutes faciles »

Oui Madame la Ministre vous faites désormais un dur métier qui peut mettre en difficulté les valeurs auxquelles vous êtes attachée.

Quant à nous qui souhaitons représenter au mieux les gens, en particulier les plus vulnérables, il nous revient la tâche de vous faire part de la réalité des tracas que vous pressentez.

Selon vos préconisations vous allez poursuivre la politique de vos prédécesseures et fermer de nombreuses Maternités. Depuis les quarante dernières années nous en sommes aux deux tiers, passant de près de 1500 à moins de 500, pour un nombre de naissances situé assez régulièrement autour de 800 000.

Contrairement à ce qui est fréquemment affirmé, ce ne sont pas seulement de très nombreuses petites unités accueillant plus ou moins de 300 naissances dont la caractéristique principale est leur proximité de la population, d’autant plus importante qu’il s’agit de bassin de vie d’accès difficile, mais également des grandes Maternités (Paris en particulier, y compris de Niveau III), et des Services de moyenne importance comme La Seyne et bientôt Creil si nous acceptions cette décision.

Vos Services, les Agences Régionales de Santé (A.R.S.) et les membres de la majorité parlementaire, insistent sur le manque de sécurité dont souffrent de nombreux « petits » établissements. Quant aux « grands », ils manqueraient de professionnels. Quoi qu’il en soit, les réductions des budgets hospitaliers, comme de l’ensemble des Services Publics, semble bien la raison principale, sinon la seule pour expliquer ces fermetures. D’autant que le secteur privé, commercial pour être plus précis, abandonne la Périnatalité à quelques exceptions près, celle-ci coûtant fort cher et ne dégageant pas de bénéfices.

La Maternité de Die en est un excellent exemple.

On en arrive ainsi progressivement à éloigner les lieux d’accueil des nouveau-nés et les lieux de vie de leurs familles.

C’est à nos yeux, Coordination Nationale des Comités de Défense des Maternités et Hôpitaux de Proximité, dommageable, pour toutes les femmes attendant un enfant et « en particulier les plus vulnérables ».

Toute naissance est un évènement éminemment singulier, fondateur pour tout enfant, tout parent et au-delà pour toute communauté humaine.

Chaque naissance est créatrice de lien social et son délicat tissage nécessite impérativement cette proximité dont il nous semble nécessaire d’en faire un objectif sanitaire, garant par ailleurs de prévention et de qualité dans le cadre de réseaux de soins.

Et puis, il faut rendre aux sages-femmes la plénitude de leurs fonctions ! D’autant qu’une telle exigence répond à l’argument du manque de médecins dont le nombre fut délibérément réduit de plus des deux tiers dans les années 1970 (numerus clausus) jusque dans les années 2000, correspondant à une perte d’environ une génération de médecins, alors que la croissance de la population est importante et que les moyens thérapeutiques et diagnostiques ont beaucoup augmenté.

Les sages-femmes sont devenues savantes et sont les premières professionnelles de la naissance, historiquement et culturellement.

Elles sont, et c’est toute la grandeur de leurs tâches, les accompagnatrices attentives, disponibles, bienveillantes, des femmes et de leurs enfants durant toute la durée des grossesses, des accouchements et de leurs suites.

Si elles n’échappent pas toutes à certains reproches adressés principalement aux obstétriciens aujourd’hui, elles n’en sont pas moins, selon la belle expression de l’une d’entre elles, « les gardiennes de l’eutocie » (Jacqueline Lavillonniere).

C’est une culture de la naissance assez éloignée des conditions qui leur sont imposées dans « les usines à bébés ».

Et puisqu’il faut le répéter, la connaissance précise de leur métier les met à l’abri de la toute-puissance.

Elles connaissent bien les différentes variétés des accouchements, leurs gravités éventuelles, les expressions cliniques de certaines complications sont présentes à chaque instant dans leur conscience.

Elles savent parfaitement les limites de leurs compétences et reconnaissent le basculement dans la pathologie nécessitant impérativement l’appel du chirurgien.

Voici Madame la Ministre, pourquoi nous déplorons une nouvelle fois la fermeture d’une « petite Maternité » en l’occurrence celle de Die, après tant d’autres, à laquelle la population avait maintes fois depuis trente ans, manifesté son attachement malgré les dégradations dont elle était l’objet.

Voici pourquoi, Madame la ministre, nous ne comprenons pas que vous preniez sur de mauvaises raisons une décision qui va à l’encontre de la politique de protection des gens que vous prétendez vouloir conduire et se trouve de ce fait en contradiction avec le sens de votre mission.

Et voici pourquoi nous poursuivrons sans relâche notre mission de défense et de promotion de nos Maternités et Hôpitaux publics de proximité, grands et petits.

En vous priant de croire à nos sentiments respectueux. »

Le CA de la Coordination nationale

 

1 commentaire sur “Fermeture de la maternité de Die : la CN publie une lettre ouverte à Agnès Buzyn (Communiqué)”

  1. C’est l’exemple typique de l’exception géographique, d’une petite ville enclavée, loin de tout.
    En fermant cette maternité comme celle de Decazeville (Ce WE deux accouchements sur la route dans le Lot), l’Etat expose à plus de risque qu’en la maintenant. La compétence des personnels, eu égard au faible nombre d’accouchements, peut être maintenue par des stages en hôpital référent, des assistants partagés, des consultations avancées…
    Les pédiatres, gynécologues et obstétriciens ayant par ailleurs bien d’autres occupations indispensables en dehors des accouchements.
    La démocratie sanitaire est par ailleurs violée par une décision sans appel contre l’unanimité des personnels, des élus, syndicats, associations d’usagers, médecins… et une population qui luttait depuis 20 ans pour maintenir sa maternité, y compris en l’occupant pendant plusieurs mois 24H/24 !
    Dr J Scheffer membre du CA de la coordination , secrétaire de l’APST (http://www.sante-de-tous.fr)

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