Dans l’affaire du rappel massif de laits en poudre pour bébés, foodwatch a porté plainte ce jeudi 29 janvier à Paris et annonce défendre plusieurs familles de bébés malades. L’organisation de défense des consommateurs européenne enquête depuis près de deux mois sur ce scandale sanitaire qui concerne aujourd’hui de nombreux fabricants dont la liste est susceptible de s’allonger : Nestlé, Danone, Lactalis, Vitagermine, La marque en moins Granarolo ou encore Hochdorf ont tous rappelé plusieurs marques de laits infantiles en Europe et/ou dans le monde.
Les faits sont particulièrement graves puisque ces laits contaminés à la toxine céréulide sont souvent destinés à des nourrissons de moins de 6 mois, parfois des prématurés au système immunitaire d’autant plus vulnérable. Ils ont été vendus dans le monde entier par des multinationales qui ont commercialisé des produits exposant les bébés à un risque pour leur santé. C’est hors la loi, et foodwatch est déterminée à réclamer justice et transparence dans cette affaire.
Huit familles portent plainte avec foodwatch pour l’instant. Elles sont nombreuses à contacter l’association et d’autres familles sont en passe de rejoindre la plainte.
« Il n’y a absolument aucune excuse entendable pour tous ces rappels tardifs ; c’est la raison pour laquelle foodwatch porte plainte aujourd’hui aux côtés des parents. Les fabricants de laits pour bébés sont obligés par la loi de garantir la sécurité sanitaire de ce qu’ils mettent sur le marché. Les entreprises que nous visons ont fait preuve d’une négligence affolante. Minimiser aujourd’hui et nier le lien entre la consommation des laits rappelés et les symptômes graves qu’ont dû endurer de nombreux nourrissons est tout simplement indécent. Apprendre que les boîtes de lait ont été vendues depuis des mois par Nestlé et Danone et même depuis un an dans le cas de Lactalis est révoltant », s’indigne Ingrid Kragl, directrice de l’information et des enquêtes chez foodwatch.
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foodwatch s’est saisie des dossiers des familles qui présentent des caractéristiques communes. Les bébés, parfois à quelques jours de leur naissance, ont présenté des symptômes alarmants qui ne disparaissaient pas avec un ‘simple’ traitement pour la gastro : vomissements, diarrhées incessantes, fièvres, douleurs abdominales. Certains ont séjourné à l’hôpital fin 2025, bien avant les rappels massifs. Le Bacillus cereus a été retrouvé dans les analyses du petit Adam, aujourd’hui âgé de trois mois, qui a bu du lait Guigoz. Les parents ont cru que leur enfant allait mourir et ont traversé des semaines d’angoisse et de culpabilité. Le petit Matéo, né mi-décembre, a aussi bu du lait Guigoz et est inexplicablement tombé malade deux semaines plus tard : vomissements, diarrhées et douleurs abdominales. Le petit S., quatre mois, a bu du lait Picot et est tombé gravement malade mi-janvier : fièvres et selles liquides toutes les demi-heures. Les parents ont dû s’équiper d’une balance à la maison pour surveiller leur petit bonhomme. Amani, cinq mois, a bu du lait Babybio Optima rappelé et a beaucoup vomi pendant plusieurs jours. Il a souffert lui aussi de diarrhées et maux de ventre. Les supermarchés, Amazon ou les marques – via RappelConso – ont intimé les parents de jeter et détruire les boîtes, c’est-à-dire finalement : de se débarrasser des preuves. Guigoz (Nestlé) demande même aux parents de leur renvoyer les boîtes ; ce qu’il ne faut surtout pas faire car c’est bien dans la poudre qu’on peut retrouver la présence de la toxine. Le fournisseur de l’ingrédient incriminé – l’ARA : un acide arachidonique qui apporte des omégas 6 – a beau être chinois, cela ne dédouane en aucun cas les géants comme Nestlé, Lactalis ou Danone de s’assurer de la sécurité sanitaire de leurs produits, du respect des réglementations européennes en matière de traçabilité et d’information aux autorités et aux consommateurs. Le fournisseur chinois a informé Nestlé de la contamination dès décembre 2025. Les autres fabricants ont probablement reçu l’information également ; l’enquête devra le démontrer. Cela rend d’autant plus scandaleux les rappels au compte-goutte et tardifs début 2026 seulement. Nestlé a même opéré des « retraits silencieux » de ses produits dans certains pays tels que l’Autriche par exemple, sans communication proactive auprès des consommateurs. Quant à l’impact des laits contaminés sur la santé, alors que les multinationales nient ou minimisent, foodwatch souligne que les autorités belges, luxembourgeoises et brésiliennes ont communiqué sur le lien établi entre la consommation de lait Nestlé et la maladie de plusieurs bébés. En France, on découvre que les lots de laits infantiles rappelés sont en réalité sur le marché depuis de longs mois : janvier 2025 pour les laits Picot de Lactalis, mai 2025 pour le Guigoz de Nestlé ou encore septembre 2025 pour le Babybio, mai 2025 pour le Gallia et début juin 2025 pour le Blédilait de Danone. L’une des conséquences des retards dans les rappels est que la plupart des parents n’étaient pas informés et se sont débarrassés des boîtes. Or la présence de la bactérie ou de la toxine chez le bébé doit être recherchée très rapidement dès l’apparition des symptômes et de la suspicion du lien avec les produits rappelés. Elle peut être trouvée ultérieurement en testant la poudre de lait. La plainte pénale de foodwatch contre X compte des dizaines de pages tant la liste des infractions visant les entreprises et questionnant les responsabilités des autorités est longue. Parmi les principales infractions, la plainte de foodwatch vise :
Me François Lafforgue, l’avocat de foodwatch et des parents, souligne : « La responsabilité des entreprises visées par la plainte de foodwatch et des parents nous semble constituée mais l’enquête le confirmera. Ces fabricants ne pouvaient ignorer les obligations de sécurité sanitaire qui leur incombent. Nous demandons la plus grande fermeté dans cette affaire qui concerne la santé de nourrissons. » foodwatch maîtrise les réglementations européennes qui protègent les consommateurs et se bat pour les faire appliquer. L’organisation n’en est pas à sa première plainte puisque foodwatch avait déjà porté plainte aux côtés de parents notamment contre Lactalis en 2018 qui avait commercialisé des laits infantiles contaminés à la salmonelle et contre Buitoni (Nestlé) en 2022 concernant les pizzas surgelées contaminés à la bactérie E.coli. Dans les deux cas, les plaintes de foodwatch ont mené à des mises en examen des entreprises. foodwatch a également attaqué Nestlé en 2024 suite au scandale des eaux en bouteille filtrées illégalement. Une enquête judiciaire est d’ailleurs en cours et une perquisition a été menée chez Nestlé France l’été dernier suite à cette plainte. foodwatch défend également des familles de victimes dans l’affaire des Kinder (Ferrero) contaminés à la salmonelle (2022). foodwatch accompagne huit familles et va continuer de monter les dossiers de parents qui continuent à la contacter via le formulaire de contact sur www.foodwatch.org/fr/contact ou par mail : info@foodwatch.fr Sources
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