Une infirmière hospitalière débute aujourd’hui avec environ 1.945 € de traitement indiciaire brut. Si le point d’indice avait simplement suivi l’inflation depuis 2010, ce traitement approcherait 2.340 €. Près de 400 € d’écart chaque mois.
Et lorsqu’elle arrive dans son service, elle peut avoir 12 à 15 patients à prendre en charge, quand les comparaisons internationales présentées lors des débats parlementaires français se situent plutôt entre 6 et 8 patients par infirmière selon les secteurs et les organisations.
Pour le Syndicat National des Professionnels Infirmiers SNPI CFE-CGC, ces deux réalités ne peuvent plus être traitées séparément. Mal rémunérer les infirmières et les faire travailler durablement en sous-effectif alimente la même crise : celle de l’attractivité et de la fidélisation à l’hôpital.
+6 % pour le point d’indice, +28 % pour les prix
Depuis 2010, la valeur du point d’indice de la Fonction publique n’a progressé que d’environ 6 %. Dans le même temps, les prix ont augmenté d’environ 28 %, l’alimentation de plus de 40 % et l’énergie de près de 70 %.
« On ne paie pas son caddie, son plein ou sa facture énergétique avec un pourcentage d’inflation annuel. On les paie avec des prix qui ont augmenté année après année et qui ne sont pas revenus à leur niveau de 2010 », souligne Thierry Amouroux le porte-parole du SNPI.
Le ralentissement actuel de l’inflation ne doit donc pas masquer la réalité : les hausses accumulées restent inscrites dans les prix payés quotidiennement.
Pour les infirmières hospitalières, souvent soumises aux horaires décalés, le coût des déplacements constitue également une dépense difficilement compressible. Prendre son poste à 6 h 30, quitter l’hôpital à 21 h ou travailler la nuit laisse rarement le choix des transports.
Une infirmière ne devrait pas avoir à choisir entre son pouvoir d’achat et son pouvoir de soigner
Le problème ne s’arrête pas à la fiche de paie. Les travaux parlementaires sur les ratios ont mis en évidence une charge pouvant atteindre 12 à 15 patients par infirmière en France, quand les comparaisons internationales citées lors des débats se situaient plutôt entre 6 et 8.
Or la littérature scientifique internationale est constante : lorsque la charge en patients augmente, les risques de soins manqués, de complications et de mortalité augmentent également.
L’étude européenne publiée dans The Lancet, portant sur plus de 420.000 patients dans 300 hôpitaux, a notamment montré que chaque patient supplémentaire ajouté à la charge moyenne d’une infirmière était associé à une augmentation de 7 % de la probabilité de décèshospitalier dans les 30 jours suivant une intervention chirurgicale, après ajustement sur les caractéristiques des patients et des établissements.
« Un patient supplémentaire n’est jamais seulement un patient de plus. C’est moins de temps pour surveiller, écouter, prévenir, expliquer et détecter précocement une dégradation clinique. Le sous-effectif produit du soin manqué. » alerte Thierry Amouroux.
Le sous-effectif fabrique du sous-effectifLe SNPI alerte également sur un cercle vicieux désormais bien installé. Des conditions d’exercice dégradées poussent des infirmières à réduire leur activité, quitter l’hôpital ou changer d’exercice. Les postes vacants augmentent alors la charge de travail de celles qui restent. Cette surcharge accélère à son tour les départs.
Le sous-effectif fabrique du sous-effectif : 60.000 postes infirmiers vacants !
Répondre à la pénurie infirmière suppose donc d’agir simultanément sur les deux déterminants de l’attractivité : la rémunération et les conditions d’exercice.
Les expériences étrangères montrent d’ailleurs que l’amélioration des ratios peut contribuer à faire revenir des infirmières vers l’hôpital.
Ratios : la loi doit maintenant devenir une réalité dans les services
La loi du 29 janvier 2025 a enfin posé le principe de ratios minimaux de soignants par lit ouvert, adaptés aux spécialités et tenant compte de la charge en soins.
Le SNPI demande que sa mise en œuvre aboutisse rapidement à des ratios réellement protecteurs. Ces ratios devront mesurer les professionnels effectivement présents au lit du patient et intégrer la dépendance, la complexité clinique, les admissions non programmées et les vulnérabilités.
Ils ne doivent pas devenir une norme comptable permettant d’afficher des effectifs théoriques qui ne correspondent pas à la réalité des services.
Le 29 septembre, défendre les infirmières, c’est aussi défendre les patients
Dans le cadre de la mobilisation unitaire de la Fonction publique du mardi 29 septembre, le SNPI CFE-CGC appelle les infirmières hospitalières à se mobiliser.
Le SNPI demande :
– une revalorisation durable du point d’indice permettant de restaurer le pouvoir d’achat des agents publics ;
– une reconnaissance salariale correspondant aux compétences, aux responsabilités et au niveau de formation des infirmières ;
– l’application effective de la loi sur les ratios soignants/patients ;
– des effectifs calculés à partir de la charge réelle en soins et des professionnels effectivement présents auprès des patients.
« Une infirmière correctement rémunérée mais responsable de quinze patients finira par s’épuiser. Une infirmière qui peut correctement soigner mais dont le salaire décroche année après année finira par regarder ailleurs. Il faut agir sur les deux fronts. » alerte Thierry Amouroux
Pour le SNPI, ces revendications ne relèvent pas seulement de la politique salariale. Ce sont des mesures de santé publique.
Car derrière chaque poste infirmier vacant, il y a une infirmière qui doit prendre davantage de patients. Et derrière chaque infirmière surchargée, il y a des patients qui attendent.